mardi 30 mai 2023

Interview par Bert Bertrand pour le périodique « En Attendant » n°17 - Mai 1979 (Belgique)

Voici une interview que certains qualifieront probablement d'inutile puisqu'on y apprend pas grand chose, hormis le fait que Mike Oldfield à la fin des années 70 était devenu aussi insolant que laconique en entretien. C'est à mon avis un très bon rappel de la personnalité de Mike, qui, finalement, n'a jamais été très loquace avec la presse, ni très bon vendeur. Le parallèle avec le fait qu'il communique peu aujourd'hui fait donc sens, même si des fois on est d'accord que ça peut être très frustrant, voire énervant !..

Le journaliste belge Bert Bertrand en a en tout cas fait les frais au printemps 1979, alors que le Maestro était en tournée 'Exposed' européenne, après la sortie de son quatrième album Incantations, et son passage en thérapie exegesis...

Je remercie tout particulièrement Georges pour l'archive originale. Et j'espère que ce type de contenu vous plaira.

Bonne lecture !

Retranscription de l'article paru dans le mensuel belge En attendant n°17 en mai 1979, par Bert Bertrand :

« Bert Bertrand par Mike Oldfield »

Nous avons longtemps hésité avant de publier l’article qui suit. Si ce qui vous intéresse en lisant une interview de Mike Oldfield, c’est d’apprendre quoi que ce soit au sujet de sa musique, de ses disques ou de ses accompagnateurs, vous pouvez tout aussi bien tourner la page immédiatement.

Par contre si ce qui vous intéresse, ce sont les rapports psychologiques qui peuvent se créer entre deux individus, voyez la retranscription exacte de ce qui fut dit entre Mike et Bert.

Le concert que Mike Oldfield a donné le neuf avril à Bruxelles fut simplement le plus merveilleux jamais donné à Forest-National. Mike Oldfield, d'autre part, m’intéressait car il avait l'air timide, si gentil et que j’ai toujours adoré ses disques.

Si j'avais su...

En fait, cette interview s’avéra être la plus désespérante que j’ai jamais réalisée. Je me sentais impuissant devant l’incommunicabilité qu'il cherchait à préserver.

J'ai perdu trois quarts d’heure à essayer de le comprendre et une nuit blanche à méditer sur ses paroles.

Dernière information préliminaire: comme vous, j'ai horreur des semi-journalistes qui parlent plus d'eux-mêmes que des gens qu’ils interviewent. Il suffit de lire dans la presse qui se proclame concurrente des phrases du genre « grâce à la gentillesse de l'attaché de presse de la firme Machin: j'ai eu l'honneur de parler à Arthur Delferrière et en dégustant une tranche de jambon, nous sommes allés dans ma Simca au café Chez Léon (Merci, Léon pour la bière gratuite) où j'ai recueilli les confidences suivantes ».

La différence, dans le cas qui nous occupe, c’est que je ne parle pas de moi pour me mettre en évidence (Non, à peine - G.V.) mais simplement parce que c'est inévitable face à son désir d'anonymat.

Vous allez voir, ça a très mal commencé:

- Tu as longtemps été considéré comme un musicien solo, or dernièrement, ton nom est apparu en tant qu’invité sur plusieurs disques. Y a t-il un changement qui s’est opéré en toi?

- Pas de raison.

- Ton travail en solo te satisfaisait-il au point que tu n’éprouves pas le besoin d’agrémenter celui des autres?

- J'ai dit « pas de raisons ».

- Est-ce que ça signifie que tu n’as pas envie de parler?

- Non, pas du tout.

- Non pas du tout quoi?

- Non, ça ne signifie pas que je n'ai pas envie de parler. Mais si tu continues à me demander des raisons, je n'en aurai plus envie.

- Ça t’ennuie qu’on essaie de comprendre pourquoi tu agis d’une certaine manière?

- C'est toi qui cherches des raisons, c’est toi qui en as besoin. Pas moi.

- Quel est l'intérêt de parler de quoi que ce soit alors, sinon pour essayer de comprendre les gens?

-Il n'y a pas d'intérêt.

- La communication ne présente pas d'intérêt pour toi?

- Je ne considère pas nécessairement que parler, c’est communiquer. Il y a d’autres moyens.

- (pause) Jusqu’à présent dans la conversation, j'ai l’impression que tu te sens agressé lorsque je te demande ce que tu appelles des raisons et ce que moi j'appelle des explications.

- Si tu as des difficultés, c’est ton problème, pas le mien.

- Pourquoi penses-tu qu’il y a un problème?

- Moi je n’ai pas de problème.

- Je crains de ne pas te comprendre. Ça te fait plaisir?

- Je n’en ai rien à foutre.

- Ton attitude, c’est une pose permanente ou un jeu?

(Il rit) - Pas du tout! Dis-moi, comment te sens-tu?

- Euh... Je me sens... comme en compagnie de quelqu'un qui n’a pas envie de parler.

- Non, tu ne réponds pas à ma question. COMMENT TE SENS-TU?

- Vis-à-vis de toi ou de moi-même?

- De toi-même.

- Eh bien, je crois que ce dont j’ai envie maintenant, c'est un peu de chaleur ou d'affection.

L'interviewé (Photo: Robert Velline)

Il se penche vers moi, me prend dans ses bras et m’embrasse. Naturellement, je ne lui réponds pas physiquement et je reste tendu.

- Mais non, tu n’en as pas vraiment envie, tu vois? Tu ne désires pas vraiment l'affection.

- OK. Disons que cette situation m’embarrasse. (Silence). Tu préfères parler de ta musique ou de toi-même?

Content de son petit effet, il répond plus gentiment - Ca m'est égal du moment que tu ne me demandes pas de raisons.

Nous parlons du disco, de la culpabilité et inévitablement, comme au jeu du « ni oui ni non », j'en viens à lui demander une raison. Y a-t-il moyen de parler de sujets qui ne soient pas superficiels sans mentionner de raison? Si ça vous intéresse, il a trois chiens et un perroquet qui dit « Stop it » et il aimerait avoir des enfants. Dans « Incantations », il mentionne les noms de trois déesses, Diana, Luna et Luchina (si j'ai bien compris) qui ont le pouvoir, lorsque la lune est sombre, de la faire briller à nouveau. Mike Oldfield considère que tout autour de nous n'est que sorcellerie.

- Mm-mmmh. Tu crois en Dieu ?

- (long silence) Dieu en tant que concept, certainement pas.

- Que signifie Dieu pour toi ?

- Tout.

- Oh shit, Est-ce que tu votes aux élections ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Des raisons!

- (sigh) Tu aimes Village People?

- « In The Navy »? Oui.

- Je crois me souvenir avoir lu quelque part que tu as suivi les cours de EST. (ce sont des séminaires qui consistent à faire des exercices psychologiques de confiance en soi).

- Non.

Je sais qu'il ment, mais je n’insiste pas.

- Tes singles comme « Portsmouth » ou « On A Horseback » ont toujours été très différents de ce que tu faisais en album. Considères-tu déplacé d'inclure des singles aussi « plaisants » sur un album?

- Les singles sont juste des trucs que j’enregistre à droite ou à gauche pour le pied.

- Et les albums, tu ne les enregistres pas pour ton plaisir?

- Ce sont surtout mes albums qui sont mon atout commercial.

- Tu ne comptes pas sur les singles pour t’enrichir?

- Sur « I’m Guilty » (Je suis coupable), oui.

- Ah, c'est de cela que tu es coupable, alors?

- Oui

- Tu te trouves cupide?

- Oui.

- Tu te trouves sexy?

- Oui, je me trouve très sexy.

- Tu trouves que tu es un Gentil Garçon?

- Oui, je suis un très gentil garçon.

- Quand tu étais petit, qu'est-ce que tu voulais devenir?

- Conducteur de train.

- Pourquoi n’as-tu pas plutôt fait ça?

- Je l’ai fait.

- Quand et où?

- Hier, à Berlin-Est.

(Oh-oh. Encore une de ces réalités séparées. On mentionne l’inévitable Carlos Castaneda).

- De quoi as-tu peur?

- De tout.

- Qu'est-ce que tu déteste le plus?

- Tout.

L'intervieweur et ses complices (Photo: Paul Coerten)

- Quelle est l’utilité de te donner la peine de parler aux gens, si ce n’est même pas pour communiquer avec eux?

- Il n’y a pas d'utilité.

- Pourquoi le fais-tu, alors?

- Pas de raisons.

- Tu ne te poses jamais aucune question?

- Si.

- Pourquoi cherches-tu à donner l’impression que le dialogue est inutile chaque fois que je te demande une raison?

- Je ne trouve pas que ce soit inutile. Je choisis de ne pas le faire. Pas avec toi.

- Parce que tu ne m'aimes pas personnellement?

- Non, je t'aime.

- Alors?

- Alors quoi?

- Pourquoi acceptes-tu de me parler si tu ne veux pas avoir à te justifier? De quoi aimerais-tu parler?

- De toi.

- OK, ce ne serait pas moins intéressant mais je crois qu'il y a plus de gens qui s’intéressent à Mike Oldfield qu’à moi.

- Peut-être, mais je n’ai rien à raconter que n'importe qui d'autre ne pourrait pas faire.

- Tu es dans une position où tu peux te permettre de refuser en bloc de parler à la presse. Pourquoi ne fais-tu pas ça plutôt que de perdre ton temps et le mien?

- Je veux bien te parler mais pourquoi t’obstines-tu à me demander des raisons à tout ce que je fais?

- J’ai l’impression que chercher des raisons est une aussi bonne base qu’une autre pour établir une communication entre deux individus.

- Pour moi, ce n’est pas ça la réelle communication. J’appelle ça deux machines qui s’épient pour mieux se confronter.

- Ce n'est pas nécessairement si négatif. Quelle est selon toi la manière la plus efficace de communiquer, sinon la parole?

- Ce qu'on fait maintenant.

- Se regarder ? Oui, bien sûr, c'est immédiat mais pas très édifiant.

- Tu interprètes le fait que je te regarde comme un défi, n'est-ce pas?

- Oh non, pas du tout. C'est le genre de défi auquel je me livrais il y a dix ans, mais ça ne m'intéresse plus. C’est trop facile. Mais je ne crois pas pouvoir communiquer avec toi de cette manière-là car je ne te connais pas assez intimement pour savoir ce que tu ressens.

- Quand je te regarde, je ne pense peut-être à rien.

- Donc, impossible de communiquer.

- Le problème avec toi, c’est que tu places la communication au niveau exclusif de l'esprit. C'est la partie de toi qui cherches des explications à tout.

- Tu as raison, on peut communiquer physiquement, mais c’est moins efficace. Tu parles parfois à des inconnus, dans le train ou dans l'avion?

- Oui, parfois. Je suis en train de parler avec toi.

- Et ça te plaît?

- Enormément. (silence). Tu te souviens que nous ayons commencé cette conversation parce que TOI tu avais envie de parler. Moi, je crois que tu es obsédé par la parole. En général, tu parles facilement avec les gens?

- Je ne suis pas quelqu'un de bavard, mais j'ai beaucoup de facilité à parler aux gens quand j’en ai envie.

- Et de quoi parles-tu le plus volontiers?

- N'importe quoi, le temps qu'il fait, le sexe, la musique, la mode, les gens.

À ce moment-là, il me fait parler de mes parents, je préfère ne pas retranscrire cette partie-là de l'interview mais sa conclusion est:

- Avant de poser les raisons chez les autres, tu ferais bien de te poser un peu plus de questions à toi-même.

J'arrête l’enregistreur. Ensuite je lui demande:

- Pourquoi cherches-tu tellement à déceler les faiblesses des autres? Est-ce que, de la même manière que certains types aiment montrer leur force physique pour se rassurer, toi tu aimes bien te montrer implacable psychologiquement?

- Je ne cherche pas à montrer aux gens qu'ils sont faibles mais parfois, je dois surmonter des faiblesses et elles en deviennent plus apparentes.

 

A la réflexion, je ne crois pas que Mike Oldfield soit plus « fort » que moi. Il peut se permettre d'être plus arrogant et c'est peut-être justement une faiblesse de sa part que de ne pas se mettre au niveau de son interlocuteur et d'éviter sciemment le dialogue. Qu’est-ce qui est la défense des faibles?


Par Bert Bertrand.


Forum

lundi 22 mai 2023

RENDEZ-VOUS : Emission Spéciale MIKE OLDFIELD le 25 mai sur radio SUN !

C'est suffisamment exceptionnel pour le partager ici à la communauté francophone : ce jeudi 25 mai 2023 à 20h sera diffusée en direct la seconde partie d'une programmation spéciale "Mike Oldfield" animée par Thierry Joigny sur l'antenne de SUN !

C'est dans le cadre de l'émission hebdomadaire AMAROK (ça ne s'invente pas) que les 50 ans de Tubular Bells sont donc mis à l'honneur ce mois-ci avec une programmation 100% oldfield-ienne pendant près d'une heure. Le jeudi 18 mai avait déjà été l'occasion de diffuser entre autres la première face du chef d'œuvre de 1973 en live sur un exemplaire du vinyle original - s'il vous plait - et cette semaine connaitra donc sa suite et fin. Thierry Joigny a profité de l'occasion pour nous sélectionner une liste de morceaux issus de la discographie de Mike Oldfield, témoignant toujours autant de la diversité des genres que nous a proposé le Maestro depuis ses débuts. Ce qui est sûr, c'est qu'entendre, pour une fois, passer Sheba et Spanish Tune à radio, change des classiques Moonlight Shadow et To France !

Dans les studios de SUN avec la platine prête à faire tourner Tubular Bells.

La playlist de l'émission du jeudi 25 mai (jour même des 50 ans de Tubular Bells, ne l'oublions pas !) est encore en partie tenue secrète, mais on peut déjà annoncer que la démo de Tubular Bells 4 sera proposée en intégralité sur les ondes !

Pour rappel, SUN peut être captée sur la bande fm dans la région des Pays de la Loire et sur webradio partout ailleurs. Les émissions sont également ré-écoutables en replay directement sur le LeSonUnique.com ;-)

Forum

mercredi 17 mai 2023

L'UNIQUE interview de Mike Oldfield sera pour PROG Magazine #140 !

S'il ne devait en avoir qu'un, le magazine anglais PROG était bien placé pour être l'élu. Alors que les 50 ans de Tubular Bells sont célébrés par bons nombres d'artistes, et que l'ultime morceau du Maestro est à quelques jours de sa sortie dans les bacs, on n'attendait plus que Mike Oldfield nous raconte son histoire et revienne (peut-être) sur ces six dernières années. Car, apparemment, de l'eau a bien coulé sous les ponts depuis la sortie de Return To Ommadawn en 2017...

PROG n°140 (mai 2023)

Ce vendredi 19 mai verra donc la SEULE interview du multi-instrumentiste publiée dans les pages du magazine spécialisé, qui consacrera d'ailleurs une bonne partie de son numéro au chef d'œuvre de 1973, avec également des témoignages de grands noms comme Richard Branson, Tom Newman, Simon Heyworth, Sally Oldfield, etc... Pour l'occasion, le magazine nous gratifie même de quatre cartes postales de photos du musicien prises en studio il y a 50 ans, dont certaines je crois rarement vues auparavant.

Comme d'habitude, la traduction par votre humble serviteur de cette interview en français et de la critique de l'album sont disponibles ICI et ! Mais, dans tous les cas, vous pouvez dès à présent vous procurer le numéro (in english) via le site officiel du magazine.

jeudi 11 mai 2023

Une nouvelle annonce bientôt ??! Mike Oldfield joue avec nos nerfs !

Nous sommes à 15 jours de la sortie officielle de l'édition célébrant les 50 ans de Tubular Bells, l'occasion de découvrir (sur support physique) la démo du quatrième opus qui ne verra a priori jamais le jour. 

Depuis cette annonce, les spéculations et les on-dit font beaucoup parler. D'autant qu'Universal Music a même été jusqu'à présenter un Mike Oldfield désormais à la retraite. Le principal intéressé ne s'étant pas encore exprimé sur le sujet, il est difficile d'en savoir plus pour le moment.

Toujours est-il que pendant ce temps, la campagne promotionnelle est lancée, les éditions physiques dévoilées, et nous avons déjà eu la chance de découvrir officiellement les 4 premières minutes du nouveau morceau. Pour les plus curieux, l'intégralité de la démo est même déjà disponible en avant première sur certaines plateformes comme Amazon Music ou sur Youtube. L'espoir d'une autre annonce était donc plutôt mince... Mais c'était sans compter l'imprévisible Mike Oldfield qui, encore une fois, nous prend par surprise en sortant brièvement de son mutisme pour REdire à ses fans qu'il faut s'attendre à davantage...

Plus bientôt...

Un très court commentaire posté dans la nuit du 11 mai 2023 sur son groupe privé, en réponse à l'annonce de la sortie physique de Tubular Bells 50th Anniversary Edition

Ce n'est pas la première fois puisqu'il nous avait déjà fait le coup lors de l'annonce d'Opus One en février dernier. Alors, que peut-on réellement attendre ? 

A ce stade, plusieurs hypothèses peuvent être avancées, comme l'arrivée prochaine d'une édition plus 'Collector' pour les fans, ou pourquoi pas la sortie d'un coffret-anniversaire pour célébrer les 50 ans de carrière...

Certainement moins emballant pour les non-résidents britanniques, mais la mise en vente de places pour la session d'écoute (listening party) en Dolby Atmos organisée au Royaume-Uni le 22 mai prochain devrait également être imminemment annoncée (?). On rappelle que des tickets étaient à gagner sur le site officiel...

Enfin (et c'est une arlésienne !), voilà maintenant plus de 6 ans que nous n'avons aucune nouvelle des rééditions du catalogue Virgin, et notamment la fameuse version 5.1 d'Amarok ! Un album pour lequel Mike Oldfield avait pourtant exprimé un véritable enthousiasme à l'idée de le remixer. Est-ce qu'on peut rêver ? :-)

A suivre en tout cas...

vendredi 5 mai 2023

TUBULAR BELLS 4 : Ecoutez les premières minutes de la démo !

Officiellement les éditions physiques ne sortiront que le 26 mai prochain. Pourtant, c'est bien depuis ce vendredi 5 mai 2023 que nous pouvons découvrir un avant-goût du dernier morceau de Mike Oldfield intitulé Tubular Bells 4 Intro !

Un extrait de 4 minutes publié sur toutes les plateformes de streaming (Youtube, Spotify, Deezer, etc...), avec pour l'occasion une illustration spéciale reprenant l'ébauche du logo incliné de Tubular Bells, publiée il y a 6 ans.


Musicalement, chacun se fera son idée. Très proche de l'original, on retrouve aussi pas mal les sonorités de Return To Ommadawn (dont Mike Oldfield sortait tout juste). Personnellement, ces 4 premières minutes sont plaisantes, mais c'est vrai que l'on a plus affaire à une variation du titre de 1973 qu'à une véritable ré-imagination, comme avait pu l'être Tubular Bells III par exemple. Pour le moment en tout cas, la structure de Tubular Bells est reprise telle quelle, et on retrouve effectivement le fameux motif au piano, avec une nouvelle cassure dans le rythme, si particulière.

Attendons de découvrir l'intégralité du morceau le 26 mai pour nous faire une idée plus précise, mais ne perdons de toute façon pas de vue qu'il ne s'agira toujours que d'une démo de travail.

Bonne écoute !


Tubular Bells 4 Intro (edit)

samedi 1 avril 2023

THE 50TH ANNIVERSARY EDITION : Universal officialise avec des exclusivités ! (update)

Mise à jour le 3 avril 2023.

On y est ! A huit semaines de sa sortie, Universal ne pouvait plus attendre pour officialiser la nouvelle édition de Tubular Bells, et pour lancer dans la foulée ses précommandes


Côté formats, il n'y aura donc pas d'éditions Collector ou exclusive, ce qui est plutôt surprenant sachant l'évènement et les habitudes du label : un CD simple, un double vinyle, une version japonaise SHM-CD, et un Blu-ray audio. Par contre, il y aura bien des exclusivités mais uniquement vestimentaires, avec deux nouveaux t-shirts aux couleurs du nouveau Tubular Bells, et (c'est plus surprenant) une lithographie spécialement créée pour célébrer les 50 ans de carrière de Mike Oldfield
 
Artwork Tubular Bellscape (par Tadeus Blower)
 
Cette illustration intitulée Tubular Bellscape imaginée par l'artiste Tadeus Blower sera en tirage limité 31x31 cm et estampillé du célèbre logo (à l'instar des derniers posters qui accompagnaient les vinyles de The 1984 Suite ou Return To Ommadawn). Chacun appréciera à sa manière, mais je reste personnellement assez dubitatif sur la démarche... Le choix des étapes et des visuels associés sont pour le moins étranges. D'autant qu'on retrouve presque une once d'auto(?)-dérision dans cette allusion à une évasion vers les Bahamas, non ? L'illustration elle-même peut laisser entendre que Mike a toute sa vie essayé de s'échapper (= escape) de ce cycle Tubular Bells... Si c'est voulu, le message n'est pas très vendeur en tout cas, Mike a certainement approuvé tout cela, et a peut-être même poussé à ça, le malin !

D'autant plus que les descriptions accompagnant les disques proposés ne sont pas non plus très enthousiastes lorsqu'on y aborde le fameux inédit de huit minutes Tubular Bells 4 : "La toute récente Intro de Tubular Bells 4 de 8 minutes constitue un intérêt particulier, et pourrait bien être le dernier morceau enregistré par Oldfield. Mike Oldfield s'est retiré des studios en 2018, après avoir quitté la scène plusieurs années auparavant. Dans les mois qui ont suivis son dernier album, Return To Ommadawn, en 2017, Oldfield s'est mis au défi de réaliser un dernier opus de Tubular Bells pour célebrer son 50ème anniversaire. Son travail a sérieusement commencé, et Mike a senti qu'il avait enfin percé le secret pour revenir au motif d'ouverture en le retravaillant avec succès. Un avant-goût fascinant de huit minutes fut envoyé à son équipe A&R. Et puis, plus rien. Mike a décidé d'abandonner. Cinq ans plus tard, ce dernier paragraphe de l'histoire de Tubular Bells est publié dans le cadre de la célébration du 50e anniversaire." Comme si la maison de disque n'avait pas encore digéré ! On aura peut-être plus d'explications dans de prochains interviews de Mike, sait-on jamais... 

Edition CD
Edition vinyle
 
C'est l'occasion de parler de la musique. En effet, on savait que cette édition renfermerait au moins un inédit (la démo de TB4) et une rareté (la version 2012 des JO de Londres), mais c'était sans compter la présence sur l'édition double vinyle de deux morceaux supplémentaires que sont : Mike Oldfield's Single (Theme From Tubular Bells déjà édité en 2009), et Tubular X, la version à la sauce X-Files qui n'était sortie qu'en CD sur une compilation dédiée à la série culte en 1998 ! C'est donc encore une fois une "première" dans la discographie officielle de Mike Oldfield (d'autant plus sur vinyle). Hormis cela nous aurons droit à un nouveau master Half-speed par Miles Showell de l'album original sur vinyle (7 ans après la première tentative sur la Deluxe Edition, on prend les mêmes et on recommence) :

Liste des pistes (vinyle) : 
A1. Tubular Bells - Part One (2023 Half Speed Master by Miles Showell)
B1. Tubular Bells - Part Two (2023 Half Speed Master by Miles Showell)
C1. Tubular Bells 4 Intro (previously unreleased demo)
C2. Tubular Bells/In Dulci Jubilo (Music for the Opening Ceremony of the London 2012 Olympic Games)
D1. Tubular X*
D2. Tubular Bells (Mike Oldfield & YORK Remix)
D3. Mike Oldfield's Single (Theme From Tubular Bells)*
 
*N'apparait pas sur les versions CD.

Comme souvent le Japon n'est pas en reste, puisque sa branche Universal Music sortira une édition exclusive sur SHM-CD (Super High Material Compact Disc). Un format cher aux audiophiles car il permet une lecture plus claire du support, et donc une meilleure définition du son. A noter que contrairement à des formats encore plus exigeants, comme le SA-CD, celui-ci est bien compatible aux lecteurs CD standards. La liste des morceaux inclus ne changera pas de l'édition CD distribuées partout ailleurs (c'est-à-dire sans les titres Tubular X et Mike Oldfield's Single). Précommandes sur cdjapan.co.jp.

Blu-ray haute fidélité exclusive au shop SDE
 
Comme précisé plus haut, il y aura également pour les plus audiophiles une version blu-ray haute définition comprenant une flopée de mix de l'album Tubular Bells ! Cette édition est en revanche exclusive au site britannique Super Deluxe Edition, et ne sera éditée qu'à 5 000 exemplaires... La liste des pistes est longue et il y a de quoi s'y perdre : 

Liste des pistes (blu-ray audio) :
Tubular Bells – 2023 David Kosten Dolby Atmos Mix
Tubular Bells – 2009 Mike Oldfield 5.1 Surround Mix
Tubular Bells – 1975 Quad Mix
Tubular Bells Intro Edit – 2023 David Kosten Dolby Atmos Mix
Tubular Bells – 2023 David Kosten Stereo Mix (48/24)
Tubular Bells – 1973 Original Stereo Mix (96/24)
Tubular Bells Intro Edit – 2023 David Kosten Stereo Mix (48/24)
Tubular Bells 4 Intro – Demo (48/24)

C'est ainsi qu'on apprend que l'album culte de Mike Oldfield a bénéficié d'un tout nouveau mix réalisé spécialement pour cette édition en Dolby Atmos par David Kosten. Et que le même traitement a été fait pour l'Intro de Tubular Bells 4. Les aficionados de la haute définition apprécieront !

Parmi les autres versions notables, on retrouve également le mix de 1975 (par Phil Newell) pour disque quadriphonique, qui n'avait jamais été réédité depuis 2001 sur SACD. Il comporte notamment la version alternative de Sailor's Hornpipe interprété par Viv Stanshall.

Bref, si vous vouliez encore plus de Tubular Bells vous êtes servis !..

A noter que la version Dolby atmos sera vraisemblablement inaugurer le 22 mai prochain lors d'une soirée spéciale. Il n'y a pas encore de détails sur cet événement hormis le fait que les résidents britanniques peuvent déjà tenter leur chance pour remporter deux tickets en précommandant la nouvelle édition sur le shop d'Universal...

Où commander ?

En France, les places de marché proposent déjà les deux éditions CD et double vinyle en précommande :
 
 
N'oublions pas non plus nos disquaires indépendants. Ce sera toujours moins onéreux que de commander directement au Royaume-Uni... 
 
Par contre, pour les exclusivités, il faudra commander à la source :
 

vendredi 31 mars 2023

TUBULAR BELLS 50TH ANNIVERSARY EDITION : Les visuels et la liste des morceaux des éditions physiques !

L'annonce officielle se fait attendre à mesure que les détails affluent sur la toile à moins de deux mois de la sortie programmée... On le rappelait hier, les précommandes sur certaines places de marché sont déjà lancées et les infos sur le contenu de cette nouvelle édition de Tubular Bells révèlent peu à peu l'aspect unique de cette sortie.

C'est aujourd'hui l'enveloppe qui se dévoile un peu plus, puisque les visuels (certainement officialisés très bientôt) ont été ajoutés aux fiches produits. Cela confirme entre autre que l'édition CD sera sur une unique galette, tandis que l'édition vinyle sera bien sur quatre faces.

Edition CD
Edition vinyle

A noter que la pochette de l'édition CD semble être cartonnée, et que les deux formats bénéficieront de sous pochettes imprimées (ou des livrets ?). Mais en résumé, tout à l'air assez sobre... Espérons qu'une édition un peu plus "Deluxe" vienne s'ajouter à ce qui parait pour le moment être très standard.

Ces visuels ont au moins le mérite d'éclaircir le contenu ! On y voit en tout cas nettement la liste des pistes qui seront gravées sur le CD (fatalement plus réduite que ce qui semble être prévu sur digital) : 

1. Tubular Bells - Part One
2. Tubular Bells - Part Two
3. Tubular Bells 4 Intro - Demo
4. Tubular Bells/In Dulci Jubilo - London 2012 Olympics Opening Ceremony
5. Tubular Beats - Mike Oldfield & York Remix

Si cette même tracklist est confirmée, il s'agira d'une réédition doublement exceptionnelle, puisque la version des JO de 2012 n'avait jamais été éditée dans la discographie officielle de Mike Oldfield sur CD, et seulement à 500 exemplaires sur vinyle maxi-45-tours.

Avec la sortie de la démo de Tubular Bells 4, c'est donc une compilation-événement qui risque malgré tout de plaire à beaucoup de fans. Car soyons honnêtes, cette énième réédition de Tubular Bells aurait pu être bien plus avare en originalité...

Espérons une annonce officielle très bientôt, avec peut-être encore des surprises !

jeudi 30 mars 2023

TUBULAR BELLS 4 : Mike Oldfield bouclerait la boucle en signant son ultime morceau...


Ces dernières heures les informations autour de la prochaine sortie de Tubular Bells 50th Anniversary Edition nous ont apportés des détails qui ne manqueront pas de soulever autant d'émotions que de déception, voire de tristesse...

En effet, une description plus précise a été ajoutée sur une fiche Amazon de l'édition CD présentant la démarche derrière cette sortie : 


"L'album iconique Tubular Bells de Mike Oldfield est réédité pour célébrer son 50ème anniversaire. Cette édition spéciale présente une démo inédite enregistrée il y a maintenant 5 ans, et qui, à ce moment-là était censée débuter une nouvelle version retravaillée pour les 50 ans. Depuis, Mike Oldfield a pris sa retraite, et l'introduction de 8 minutes a été mise de côté. Voyant enfin le jour, l'Intro de Tubular Bells 4 est la conclusion de l'incroyable vie d'un album historique, et peut bien être la toute dernière chose enregistrée par Oldfield."

Les rumeurs étaient donc bien fondées, l'extrait de Tubular Bells 4 existe bel et bien, mais sera la seule chose que l'on découvrira d'un opus qui, semble-t-il, restera inachevé... Mike Oldfield ayant finalement laissé tomber son développement malgré tout l'enthousiasme qu'il présentait en 2017. On ne connait pas les raisons de ce virage (l'inspiration, la motivation, la santé, ...?), mais ce qui est sûr, c'est que, si l'information est confirmée, cette célébration sera marquée d'une pointe de morosité dans le cœur des fans...

Encore une fois rien d'officiel pour l'instant, mais la liste des piste composant l'album à venir (dans sa version digitale) a également été publiée par le site Qobuz et présente effectivement une édition hommage à Tubular Bells en présentant plusieurs versions du catalogue Universal/Virgin sorties entre 1973 et 2023 : de l'original, à TB4, en passant par la version des JO 2012, et certainement le mix de 2009.



samedi 25 mars 2023

TUBULAR BELLS : Une nouvelle édition anniversaire pour les 50 ans !

Il fallait bien s'y attendre ! Après le picture-disc des 5 ans, l'édition CD-Gold cartonnée des 25 ans, le réenregistrement des 30 ans, et j'en passe... L'un des albums progressifs les plus vendus de tous les temps ne pouvait pas échapper à une énième réédition pour fêter son cinquantième anniversaire !

C'est en tout cas ce que suggère la mise en ligne récente de l'album Tubular Bells - 50th Anniversary Edition prévu pour le 26 mai prochain (juste au lendemain des 50 ans tout pile). Très peu d'infos pour le moment, hormis la pochette, et le fait qu'il y aura au moins une édition CD et un double vinyle...

Tubular Bells 50th Anniversary Edition (2023)

Les sites de la Fnac référencent également ces deux éditions (ici et ), mais ne vous précipitez pas les prix vont certainement bouger... Le double vinyle est aussi apparu sur Amazon.

On attend une annonce officielle et la divulgation du contenu car il est toujours possible que ce double disque vinyle renferme quelques surprises, étant donné que l'album n'est censé tenir que sur deux faces. Il y a toujours les indices d'une compilation-évenement, mais il ne faut pas non plus oublier que les démos sortent également dans une édition simple exclusive au Record Store Day au mois d'avril... Il est donc possible que cette édition des 50 ans soit simplement un regroupement de deux versions de Tubular Bells : Original 1973 + Demos, ou même avec le mix de 2009 (comme cela avait déjà été le cas en 2016 avec la Deluxe Edition).

Annonces à suivre donc ! ;-)

Merci à José pour le partage !

Forum

vendredi 3 mars 2023

COLLECTION : une guitare ayant appartenu à Mike Oldfield est mise aux enchères !

La Gibson EBS-1250 double manche basse/guitare ayant appartenu à Mike Oldfield (no. 90448)


[Mise à jour le 9/3/2023]

Avis aux ULTRA fans ! (et qui ont les moyens)

Le 8 mars 2023 aura lieu une vente aux enchères exceptionnelle dans laquelle figurera une basse/guitare Gibson EBS-1250 double manche rouge cerise, ayant appartenu à Mike Oldfield (Lot 420) ! 

Bon, mettons-nous d'accord il ne s'agit pas de la guitare la plus emblématique de Mike. Très peu d'images le montrent en train de jouer avec, et elle n'est à ma connaissance référencée sur aucun de ses albums, mais elle a bel et bien servi !

C'est tout d'abord dans le vidéo-clip de Wonderful Land (1980) que l'on aperçoit pour la première fois Mike Oldfield avec cette guitare pour le moins atypique. Certes, il s'agit d'un film où la musique est ajoutée par dessus l'image, mais il y a fort à parier que c'est le véritable instrument qui a servi pour enregistrer le single.


D'autant plus que d'autres documents d'archives datant de la même époque attestent que ce modèle avait bien sa place dans le studio de Mike de sa propriété de Denham. On l'aperçoit notamment sur les images du documentaire The Essential, toujours en 1980 (aux alentours de l'enregistrement de l'album QE2, donc).

Capture du documentaire The Essential (1980).
La fameuse Gibson EBS-1250 est ici aperçue en arrière plan.

Toujours est-il que, pour la petite histoire, la guitare aurait finalement été cédée en octobre 1994, date à laquelle son actuel propriétaire l'aurait récupérée grâce à l'assistant personnel de Mike Oldfield, Jeremy Parker. Plus tard, c'est Tom Newman lui-même qui attestera qu'elle eut bien appartenu au Maestro, tout comme son conseiller technique sur l'album QE2, Richard Barrie, qui certifie qu'elle était déjà dans la collection de Mike en 1979. Nous n'en saurons malheureusement pas plus sur sa provenance... Bien que son numéro de série suggère une date de fabrication aux Etats-Unis en 1962, la description de l'article explique qu'il s'agit probablement d'une erreur, et que cette copie daterait plutôt de la fin des années 60, voire début des années 70.

Rare photo de Mike Oldfield jouant sur sa Gibson EBS-1250 (début 80's)

Hormis le fait qu'il ait appartenu à Mike Oldfield, il s'agit là d'un instrument vraiment rare, même si sa silhouette a été rendue célèbre par les guitar-heroes des années 70, de Jimmy Page sur Stairway To Heaven, à Don Felder sur Hotel California. En fait, ces doubles guitares étaient différentes dans le sens où elles proposaient un manche 12-cordes en plus du manche traditionnel 6-cordes (modèle Gibson EDS-1275), alors qu'ici, Mike possédait un manche de basse à la place du 12-cordes. Une différence notable qui en fait donc une pièce encore plus exceptionnelle (moins de 30 modèles auraient été fabriqués...).

Son estimation pour cette ventre s'élève entre 10 000 et 20 000 £.

Bref, au risque qu'elle prenne la poussière dans une collection privée, on regretterait presque de ne pas la voir exposée dans un musée. Espérons au moins qu'un vrai fan s'en empare, et qu'un musicien lui permette de s'exprimer à nouveau..! Des candidats ici ??? Rendez-vous mercredi 8 mars sur Guitar-Auctions !

Edit 9/03/2023 : Aux alentours de 17h30 (heure française), hier, la Gibson double manche a donc été adjugée pour 12 500 £ (soit 14 000 €) auxquels s'ajoute une commission de 26,5% (!). Autant dire que l'heureux acheteur - qui était présent en salle - doit être un mordu !

Le lot 420 est parti pour 12 500 £ ce mercredi 8 mars 2023


Allez, pour le plaisir de la voir et l'écouter de plus près, voici un test sur cette fameuse Gibson, en haute définition cette fois (mais sans Mike) !




jeudi 2 mars 2023

RETROSPECTIVE : Le Telegraph raconte la ‟folle” histoire de Tubular Bells (par James Hall) - traduction VF

C'est au tour du journal britannique The Telegraph de nous proposer son récit autour de Tubular Bells à l'occasion des 50 ans de l'album culte, et des multiples évènements scéniques actuellement en tournée outre-Manche. 

Cette fois, la parole est notamment donnée à l'arrangeur Robin A. Smith, qui a reçu la bénédiction de Mike Oldfield pour réorchestrer et mettre en scène son album de 1973. Robin Smith a souvent collaboré avec le Maestro puisqu'il était déjà aux mannettes en 1992, lors du concert de lancement de Tubular Bells II au pied du château d'Edimbourg, puis sur la scène de l'ouverture des JO à Londres en 2012. Il profite donc aujourd'hui des 50 ans du chef d'œuvre pour proposer sa propre interprétation en live avec une tournée exclusivement britannique qui prendra fin le 31 mars. Pas de concerts prévus à l'international donc, mais nous avons quand même droit à nos lots de consolation puisqu'une captation du spectacle a été éditée l'année dernière en DVD et Blu-ray (lien), et un réenregistrement est également sorti en CD (lien bandcamp).

La captation du live Tubular Bells par Robin Smith (à ne pas confondre avec celui du Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Simon Dobson !!!)

La version de Tubular Bells réenregistrée par Robin Smith (CD)

L'article rédigé par James Hall revient donc principalement sur le succès de Tubular Bells et sur les lignes qu'il a brisée à l'époque. Tant du point de vue technique que musical. Les différents protagonistes que le journaliste cite le décrivent ainsi comme un ovni qui représentait une véritable prouesse pour tous ceux qui s'y sont frotté, jusqu'au réalisateur de sa première captation live sur la BBC en 1973, Tony Staveacre. Son témoignage précieux permet de revoir ce concert avec un œil tout simplement nouveau !

Cette rétrospective est ainsi l'occasion de rappeler que d'autres artistes se sont appropriés la musique de Tubular Bells, à commencer par le guitariste Steve Hillage, qui, dès 1974, avait été missionné pour faire rugir ses cordes électriques lors des performances du Royal Philharmonic Orchestra conduit par David Bedford (qui avait à l'époque réarrangé Tubular Bells et Hergest Ridge pour le classique). On raconte que Mike s'était moqué de la prestation du guitariste, mais jugé par vous même (vidéo plus bas)... Hillage avait quand même un sacré gratté sur le passage Ambient de la seconde partie, non ?? Un pur plaisir à réécouter et à revoir !

Je vous laisse découvrir cet article traduit pour vous en français, mais la version originale est bien sûr toujours disponible (ici et ).

Bonne lecture !

Too long, too complex, too weird: the twisted history of Tubular Bells


[Trop long, trop complexe, trop bizarre : la folle histoire de Tubular Bells]
par JAMES HALL (publié le 28 février 2023 - The Telegraph)

Il y a cinquante ans, ce succès improbable a lancé le label de musique de Richard Branson, a servi de bande-son au film L'Exorciste, et a fait de son jeune compositeur une star.

Le tube 'tordu' de la pochette vinyle de l'album Tubular Bells de Mike Oldfield (Records / Alamy Stock Photo - © Records / Alamy Stock Photo)

« C'est comme les alunissages. Tout le monde sait où il se trouvait lorsqu'il a entendu Tubular Bells pour la première fois », déclare Robin Smith, un musicien qui, le 3 février, s'est lancé dans une tournée britannique de 32 dates pour interpréter l'album ambient-prog-folk de 1973 de Mike Oldfield devant des dizaines de milliers de fans.

Sorti il y a 50 ans ce printemps, Tubular Bells a été un succès surprise qui a transformé son compositeur, alors adolescent, en une rock star aussi richissime que réservée. L'album - qui ne comprend que deux morceaux, sans voix, d'environ 25 minutes chacun - s'est vendu à 17 millions d'exemplaires, a lancé le label Virgin Records de Richard Branson, a servi de bande-son au film d'horreur le plus effrayant de tous les temps, et a même vu sa pochette en forme de tube tordu reproduite sur les timbres postaux du Royal Mail. Il a également marqué les débuts de la fusion de la musique classique et du rock, donnant lieu à l'un des spectacles musicaux les plus difficiles sur le plan logistique - mais finalement emblématiques - de l'histoire de la chaine BBC.

Smith dirige un ensemble de huit musiciens qui interprètent l'album en live (avec la bénédiction de son ami Oldfield, qui vit désormais aux Bahamas). Le fait que l'album remplisse encore les salles de concert d'Exeter à Édimbourg, souvent avec deux générations d'une même famille, témoigne de son attrait durable.

Même si vous pensez ne jamais avoir entendu l'album, vous l'avez forcément entendu. Ce motif au piano qui fait froid dans le dos, avec un tempo étrange, dans L'Exorciste, avant que Linda Blair ne fasse de la gymnastique avec sa tête et vous prive de votre capacité à dormir ? C'est Tubular Bells. C'est inoubliable. Mais l'album ne se résume pas à ce seul refrain. Certainement pas. Il regroupe tout, de la musique de chambre au folk en passant par le rock à la Metallica et les ambiances de Western Spaghetti. Et ce n'est que la première face du disque.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le succès de Tubular Bells ait été inattendu lors de sa sortie en 1973. Musicalement, il se situait quelque part à gauche du champ gauche*. Les albums les plus populaires au Royaume-Uni en 1972 (et qui n'étaient pas des compilations de hits) étaient soit des albums parfaitement taillés pour la radio, d'artistes comme Donny Osmond, Lindisfarne ou le gagnant écossais du télé-crochet Opportunity Knocks, Neil Reid ; soit des albums rock et glam de groupes comme Deep Purple et T. Rex. En 1973, Elton John, Slade et David Bowie dominaient les hit-parades. Mais si Tubular Bells devait partager un ADN musical avec quelqu'un, c'est bien le groupe progressif Yes, dont l'opus de deux heures Tales from Topographic Oceans est également sorti en 1973.


La sortie de l'album s'est faite presque par hasard, à une époque où Branson, entrepreneur en difficulté, tentait de percer dans le monde de la musique. Après avoir commencé sa carrière à 15 ans avec son magazine national Student en 1968, Branson s'est lancé dans la vente de disques par correspondance pour financer ses activités d'édition. Mais il s'est retrouvé en difficulté avec les autorités à cause de la façon dont avait été comptabilisée les taxes de l'époque. Il fut alors condamné à une énorme amende qu'il devait payer en multipliant ses activités liées à la musique. Il a notamment ouvert d'autres magasins, créé le studio d'enregistrement The Manor dans une maison de campagne délabrée de l'Oxfordshire, et lancé un label de disques si son équipe parvenait à trouver des artistes. Il n'y avait aucune garantie que ce dernier point se réalise.

Simon Draper, alors président de Virgin, a déclaré dans un documentaire récent que la plupart des musiciens ne voulaient pas signer avec un jeune label donné perdant. « Les artistes voulaient le pouvoir, l'argent et l'influence d'une grande maison de disques internationale, et j'étais donc très limité dans ce que je pouvais faire », a déclaré Draper. En outre, il affirme qu'il n'était pas motivé par la signature de futurs hits. « Ma motivation était de faire des disques qui étaient importants, révolutionnaires, avant-gardistes, et pas nécessairement des succès commerciaux ». Par défaut et donc à dessein, le terrain de chasse de Virgin était limité.

Quelle chance, alors, que l'un des premiers groupes à enregistrer au Manoir soit un groupe de soul appelé The Arthur Louis Band. Le guitariste remplaçant du groupe était un jeune homme timide de 19 ans appelé Mike Oldfield. Et Oldfield avait une activité secondaire. C'est le producteur résidentiel de The Manor, Tom Newman, qui a entendu pour la première fois une démo de Tubular Bells sur une « toute petite bobine » qu'Oldfield lui avait remise, une démo qu'il avait commencée à l'âge de 17 ans. Oldfield avait déjà été rejeté par plusieurs labels, qui, comme il l'a dit plus tard, le prenaient pour un « cinglé ». Mais Newman pensait que la démo était « sensationnelle ». Il envoya la démo à Draper qui convainc Branson d'utiliser Tubular Bells pour lancer le label Virgin. Oldfield travailla sur l'album pendant les temps morts du Manoir, jouant lui-même la plupart des instruments, de l'orgue Farfisa à la flûte traversière.

Mike Oldfield en 1970 1982 (Getty - © Provided by The Telegraph)

« L'avantage d'avoir un studio, c'est que nous avions parfois des périodes creuses, par exemple lorsque le groupe dormait », a déclaré Branson lors d'un récent documentaire de HBO sur sa vie. « Mike Oldfield est venu et a séjourné au Manoir, et pendant ces périodes creuses, les ingénieurs l'ont laissé entrer dans le studio et Tubular Bells a été enregistré. Simon [Draper, le président de Virgin à l'époque] a entendu la bande, me l'a apportée, nous l'avons tous les deux adorée, et avons donc décidé de la sortir. »

Selon certains témoignages, Virgin a d'abord essayé de vendre l'album à des maisons de disques plus importantes (Virgin agissant en tant que gestionnaire ou agent d'Oldfield). Un directeur de maison de disques américaine a proposé 20 000 dollars si des voix étaient ajoutées. L'offre fut rejetée. Une fois l'album sorti, Virgin « a dû jouer toutes ses cartes pour promouvoir cette musique », a déclaré Branson. « Nous avons réussi à l'intégrer dans le film L'Exorciste, ce qui a beaucoup aidé en Amérique. Tubular Bells est resté dans les charts pendant deux ou trois ans. »

La première face de l'album démontre à quel point cette musique est étrange. « Elle commence par un morceau répétitif de neuf minutes nous faisant croire à du classique, avec toutes ces lignes de rock sous-jacentes, puis il passe par une grande mélodie folk épique, puis à un autre morceau qui est presque une rencontre entre le rock de Metallica et Game of Thrones », explique Smith, son nouveau champion. « Il y a ensuite un peu de musique de saloon, suivie d'une sorte de truc à la Ennio Morricone-Clint Eastwood, puis vous avez cet incroyable maître de cérémonie [Vivian Stanshall, du groupe Bonzo Dog Doo-Dah] qui annonce les instruments, un peu à la manière d'un Benjamin Britten qui présenterait l'orchestre, mais sur l'un des riffs de guitare et de basse les plus durs qu'il soit possible de jouer. Je veux dire, la rigidité cadavérique s'installe presque après avoir joué ce riff. » La deuxième face va dans une direction complètement différente : « C'était de la musique chill avant que le chill n'existe », dit-il.


L'album démarre lentement mais entre dans les charts britanniques en juillet 1973 pour se loger dans le top 10 (bien qu'il faille attendre 15 mois avant qu'il n'atteigne la première place). Consciente de ce succès, la BBC prit l'initiative, en novembre 1973, de filmer Oldfield et son groupe en train de jouer l'intégralité de la première face de Tubular Bells pour une émission artistique dirigée par Melvyn Bragg, intitulée 2nd House.

La musique pop n'était pas nouvelle sur la BBC. L'année précédente, Bowie avait enthousiasmé les adolescents de la nation avec son interprétation de Starman dans Top of the Pops. Mais cette chanson durait trois minutes et demie, et n'atteignait pas demi-heure. De plus y avait un chanteur sur lequel les caméras pouvaient se concentrer. Tony Staveacre, qui réalisait 2nd House, m'a dit que le tournage de Tubular Bells était « absolument terrifiant », bien qu'il mette cela sur le compte du trac. L'équipe de 2nd House était plus habituée à filmer des extraits de ballets que des opus musicaux aussi incroyables.

« Nous avons eu une seule répétition et je pense que c'était tout. Pour une pièce aussi complexe et comportant tant de changements subtils - il y a une quarantaine de mouvements musicaux différents qui s'enchainent sans relâche - nous devions trouver un élément visuel pour accompagner la musique », se souvient Staveacre, aujourd'hui âgé de 80 ans. Afin de créer une « expérience visuelle », il a installé le groupe de 14 musiciens en rond, assis et tournés vers l'intérieur, une mise en scène qu'il a empruntée à un enregistrement CBS de 1957 d'un concert de Billie Holiday. Les spectateurs pouvaient ainsi  observer les contacts visuels entre les interprètes pendant qu'ils tissaient la toile complexe de Tubular Bells. Il affichait également des visuels sur l'immense logo 2nd House derrière le groupe au fur et à mesure de la performance. Pour ce faire, il avait utilisé une technique de pointe de la BBC appelée « Colour Separation Overlay » (un trucage du type écran vert mais avec de la lumière bleue). Cela permis de faire accompagner la musique de manèges de foire et de vagues. Le tout fut filmé en une seule prise.

Mike Oldfield en 1974 (Alamy - © Provided by The Telegraph)

La diffusion de l'émission est étonnante à regarder aujourd'hui. Cela est dû en partie au groupe d'Oldfield. Il comprenait Mick Taylor, alors membre des Rolling Stones, Steve Hillage de Gong (un autre groupe Virgin) et le compositeur (aujourd'hui Sir) Karl Jenkins, qui faisait alors partie de Soft Machine. « C'était extraordinaire. Ils étaient totalement professionnels. Personne ne jouait la rock star. Tout le monde était à l'heure », dit Staveacre.

Ce spectacle marquait aussi l'une des premières fois à la télévision où les mondes du classique et du rock se percutaient. Le groupe était constitué comme un orchestre de chambre où ses membres jouent à partir de partitions imprimées. Pourtant, les cheveux longs et les solos ravageurs des musiciens évoquaient d'autres contrés. Oldfield portait une veste brune sous sa crinière et jouait avec une insouciance qui évoquait davantage une jam-session dans une chambre d'étudiant qu'une émission en prime-time sur la British Broadcasting Corporation. Cette configuration en forme de rock de chambre est courante aujourd'hui - le spectacle rappelle fortement les concerts de Radiohead après 2000, dans lesquels les membres du groupe se nourrissent les uns des autres pour créer des paysages sonores complexes - mais à l'époque, c'était révolutionnaire. « Cela m'effraie aujourd'hui de penser à l'audace dont nous faisions preuve à l'époque », déclare Staveacre.

Si vous doutez de l'aspect novateur de tout cela, ne cherchez pas plus loin que cet extrait exceptionnel montrant [Steve] Hillage en tenue psychédélique jouant à la guitare un solo de cinq minutes lors d'un concert d'Oldfield au Royal Albert Hall, cette fois accompagné d'un orchestre complet. Derrière Hillage est assis un contrebassiste du Royal Philharmonic Orchestra en cravate blanche et queue de pie. Son visage, alors que le Gong man emmène la musique dans des territoires de plus en plus éloignés, est une véritable image de stupéfaction. Deux mondes se heurtent vraiment.


Le film 2nd House a été visionné 5,6 millions de fois depuis son apparition sur YouTube il y a cinq ans. Staveacre dit que, bien qu'il n'ait jamais entendu Oldfield parler au sujet du spectacle, une personne liée à Tubular Bells en a été très heureuse. « Richard Branson était très content. Je crois me souvenir qu'une caisse de champagne a été livrée chez moi », dit-il.

Oldfield a toujours été un homme timide qu'il fallait à l'époque pousser pour qu'il se produise sur scène. Il détestait l'attention que lui apportait Tubular Bells et, souffrant d'une anxiété extrême, il s'est réfugié dans la campagne galloise peu après. Mais il est resté prolifique : il a depuis sorti 25 autres albums studio et divers albums live, collaborations et compilations. Il a également eu de nombreux singles à succès (dont Moonlight Shadow en 1983), a enregistré une version du thème de Blue Peter et a joué lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012. Lors d'une période difficile avec Virgin en 1990, Oldfield a envoyé un message à Branson en morse sur l'un de ses morceaux : « F-CK OFF RB. »

Robin Smith, qui a vu Oldfield pour la dernière fois lorsqu'ils ont travaillé ensemble sur le spectacle des Jeux olympiques, le décrit comme une « belle et merveilleuse personne qui n'aime pas les feux de la rampe ». Je pourrais dire que le côté dissident et un brin anarchique d'Oldfield font de lui une version prog rock des Sex Pistols, un autre poulain de Virgin. Est-ce la raison pour laquelle il ne participe pas à la tournée du 50e anniversaire ? Mike a toujours cette attitude [punk] : « Prenez-moi comme je suis, je vous donnerai de la musique, mais n'essayez pas de me forcer à faire quoi que ce soit, parce que je ne le ferai pas », dit Smith.

De plus, comme Branson, Oldfield a une île au soleil sur laquelle il peut se détendre grâce en partie à Tubular Bells. Et oubliez les alunissages ou les Sex Pistols. M. Oldfield a comparé son album à un autre phénomène culturel, sorti de nulle part et impliquant, à juste titre, un enfant prodige créant de la magie. « C'est toujours l'outsider, le mouton noir, qui devient le blockbuster », a-t-il déclaré en 2014 à propos de son succès.  »

Mike Oldfield’s Tubular Bells – the 50th Anniversary Celebration est en tournée jusqu'au 31 mars. Tickets sur : mikeoldfieldofficial.com


Traduit en français par orabidooblog.


* « champ gauche » en référence au terme pour désigné l'un des coins les plus extrêmes d'un terrain de baseball.

Forum

mercredi 22 février 2023

INTERVIEW - Tom Newman revient sur le phénomène Tubular Bells (par Mark Slattery pour Daily Express)

2023 risque d'être riche en rétrospectives et hommages à l'album culte qui fête cette année ses 50 ans ! D'autant plus que la sortie de Tubular Bells n'a pas seulement été un déclencheur pour la carrière de Mike Oldfield, mais a marqué l'industrie musicale à grande échelle en lançant Virgin Records et par la même occasion les carrières d'autres noms, tels que Richard Branson et Tom Newman...

C'est justement ce dernier qui a été mis à l'honneur ce mois-ci dans les pages du quotidien britannique Daily Express. L'ingénieur et producteur à l'origine de l'enregistrement de Tubular Bells revient sur la genèse de l'album et sa rencontre avec Mike Oldfield. C'est aussi l'occasion pour lui de raconter la relation (pas toujours au top...) qu'ils ont entretenue ensemble, et la carrière finalement modeste qu'il a vécue, dans l'ombre, gardant toujours son esprit très bohème. Ah, ce bon vieux Tom...

Je vous propose ici une traduction complète en français, mais bien sûr l'article original est à retrouver directement sur le site du Daily Express.

Bonne lecture !


For whom the Tubular Bells toll - The genius behind the global phenomenon


[Pour qui les Tubular Bells sonnent - Le génie derrière le phénomène mondial]
par MARK SLATTERY (publié le 18 février 2023 - Daily Express)

EXCLUSIF : Tandis que l'album de rock progressif, dont le succès a financé l'empire Virgin Records de Richard Branson et fait de Mike Oldfield une superstar, fête son 50ème anniversaire, nous mettons la lumière sur le génie peu connu des studios, qui a joué un rôle crucial dans sa création...

Mike Oldfield photographié en 1983, 10 ans après la sortie de son album iconique, Tubular Bells (Image: Andre Csillag/REX/Shutterstock)

C'est l'album qui a lancé l'empire commercial de Richard Branson. Il y a cinquante ans, en mai 1973, le musicien britannique Mike Oldfield sortait son célèbre album de rock progressif, Tubular Bells. Obsédant, changeant et novateur, cet album est lentement devenu un classique, notamment grâce à l'utilisation de son thème d'ouverture dans la bande-son du film d'horreur L'Exorciste.

Parmi les célébrations de cet anniversaire, trois tournées distinctes sont prévues cette année pour interpréter ce morceau éclectique - le premier album sorti sur le tout jeune label Virgin. Au cours du demi-siècle écoulé, il s'est vendu à plus de 17 millions d'exemplaires dans le monde.

Mais sans Tom Newman, ingénieur et producteur de l'album Tubular Bells, la carrière d'Oldfield - voire de l'empire Virgin lui-même - n'aurait peut-être jamais vu le jour.

Ou du moins, pas à ce moment là.

Fils d'un père ingénieur et fabriquant d'outils, Newman a grandi à bord d'une péniche de débarquement de la Seconde Guerre mondiale reconvertie à Isleworth, dans l'ouest de Londres.

Peu de choses étaient conventionnelles dans sa vie. Sa mère lui a inculqué un goût pour le folklore, tandis que son père l'a préparé au monde pratique, lui apprenant à réparer tout ce qui existe, des vélos  aux voitures à moteur en passant par les dragueurs de mines.
 
Ainsi préparé, Newman quitte le lycée (« l'anglais et l'art sont mes seuls examens de fin d'études ») et travaille dans une usine d'assemblage de pièces d'horlogerie. En parallèle, il répare de vieilles motos Harley-Davidson.

Mais ce n'était pas la vie qu'il voulait.

« Les années 60 étaient une époque où les gens avaient l'impression de pouvoir faire et devenir tout ce qu'ils voulaient », se souvient-il aujourd'hui. « La morale du travail jusqu'à l'épuisement, tant nécessaire pendant la guerre, semblait tout à coup inappropriée. Le rock'n'roll avait envahi ma conscience. »

Mike en 1982 (Image: Getty)

Apprenant la guitare en autodidacte, Newman quitte l'usine et tente d'abord sa chance comme musicien, puis comme artiste, avant de tomber dans l'ingénierie et la production musicale sans aucune qualification reconnue. « Je voulais être l'un des frères Everly », sourit-il.

Le skiffle et le blues sont ses premiers amours et son groupe, The Tomcats, gagne une résidence au Beat City sur Oxford Street à Londres, dirigé par le légendaire DJ Alexis Korner. Mais il fallait d'abord se débarrasser de l'orchestre en place, d'un certain Gallois appelé Tom Jones. La future star est finalement licenciée, se souvient-il, à cause d'une « obscénité au niveau du pantalon ».

Newman était l'élément le plus crucial de tout le groupe en attente de percer : celui qui assemblait les haut-parleurs et les amplis, réparait le van, et réparait les instruments cassés.

Il s'est retrouvé par hasard au dernier concert des Beatles sur le toit du QG d'Apple Corps à Londres, où l'on pouvait voir l'une de ses œuvres - il peignait encore à l'époque - derrière la batterie de Ringo Starr.

« J'ai vendu ce tableau immédiatement après pour 20 £ », se souvient-il.

Newman vit dans des squats, des maisons flottantes et finalement dans un dragueur de mines de la Royal Navy, le HMS Dittisham, amarré à Dartmouth. Mais le drame s'abat en 1969, lorsque sa petite amie Susan meurt des suites d'une grossesse extra-utérine. Sa vie de bohème s'améliore lorsqu'il rencontre l'entrepreneur Richard Branson, à peine âgé de 20 ans, à l'époque de la création de Virgin, par l'intermédiaire de sa petite amie de l'époque, Jackie Byford, qui travaille bénévolement pour l'entreprise.

À cette époque, révèle Newman, Branson n'avait aucune intention de s'installer dans la musique. Il affirme être l'homme qui a convaincu le futur milliardaire de créer son propre studio d'enregistrement.

« Égoïstement, je voyais là un moyen de produire ma propre musique gratuitement », admet-il.

Tom Newman, 79 ans, prévoit un nouvel album (Image: Getty Tom Newman)

C'est Newman qui a aidé Branson à découvrir la demeure qui s'écroulait dans l'Oxfordshire où son premier studio d'enregistrement, The Manor Studio, a été installé dans les anciens courts de squash en 1971. « Je me souviens que nous l'avions vu dans le magazine Country Life pour 30 000 £ », explique-t-il.

Branson était sceptique - ils avaient envisagé de s'installer à l'intérieur d'une église - mais, par chance, George Martin, producteur des Beatles, est venu parler à Richard.

« Il a jeté un coup d'oeil à mes plans et, étonnamment, il les a tous approuvés », se souvient Newman. Désormais convaincu, Branson obtient un prêt de sa tante - « Elle ne lui a fait aucune faveur, le taux d'intérêt était de cinq pour cent » - puis charge habilement Newman, qui vit alors dans sa camionnette, de le construire. Une fois le studio structurellement opérationnel, Newman a dû s'initier à la technologie musicale en pleine évolution sur laquelle Tubular Bells allait bientôt être façonné. « Aujourd'hui, tout cela est très scientifique, bien sûr », dit-il. « Mais à l'époque, c'était de l'art de magicien ».

Mais la patience de Branson a des limites, car le travail s'éternise. « J'avais désespérément essayé de retarder les choses, de dissimuler une erreur qui avait été commise dans les réglages de la console de mixage ».

« Richard nous a mis la pression en faisant réserver les premières sessions. Je n'avais jamais enregistré quelqu'un, où que ce soit, qui ne faisait pas partie de mon groupe, et encore moins un groupe de musiciens professionnels expérimentés. Je ne savais pas comment mettre un micro sur une batterie. Je jouais le rôle de l'ingénieur mais je ne savais pas quoi faire. Ma courbe d'apprentissage était presque à la verticale. » La pression de Branson a fonctionnée. Le Manor Studio est terminé un jour seulement
avant l'arrivée du groupe d'Arthur Lewis, et avec lui, un bassiste de 18 ans appelé Mike Oldfield.

Victime d'une mauvaise expérience avec les drogues et d'un traumatisme familial profond, Oldfield était pratiquement incapable de communiquer, mais le charme facile de Newman et ses centres d'intérêts d'intello ont réussi à attirer cette âme terrifiée et angoissée.

« Mentalement c'était une épave, il marchait avec les yeux qui brillaient de larmes. J'étais de tout cœur avec lui. » Newman a emmené Oldfield au pub - le Jolly Boatman à Kidlington - en lui faisant boire de la Guinness pour l'aider à s'ouvrir, et ça a commencé à marcher. Mais dès que quelqu'un d'autre les a rejoint, Oldfield s'est tu à nouveau.

Un lien s'est créé et Newman est devenu non seulement le catalyseur de Virgin Records, mais en même temps de Tubular Bells.

Le Arthur Lewis Band a enregistré son LP et est parti, avant de se séparer aussitôt, mais Oldfield est resté, charmé par le refuge et la bizarrerie du Manoir, qui l'éloignait de ses problèmes.

Il s'en souvient dans son autobiographie, Changeling : « Je me souviens de Tom sortant du Manoir avec un véritable arc et des flèches - il fabriquait ses propres flèches comme un archer traditionnel. Il aimait aussi fabriquer des maquettes d'avions, qu'il construisait lui-même. Je suis monté dans sa chambre, j'ai vu ces avions et j'ai pensé : 'Oh, c'est génial !' ».

Les activités du charismatique Newman sont devenues plus tard les propres loisirs d'Oldfield.

Les deux hommes sont devenus tellement copains que Newman a accidentellement cassé une des côtes d'Oldfield en jouant à la lutte sur la pelouse du Manoir.

Newman est captivé par les démos d'Oldfield et les fait écouter à Simon Draper, le partenaire musical de Branson chez Virgin, qui prend sa défense.

Ils ont attendu, attendu, attendu... Oldfield a fait pression sur Newman, et Newman a fait pression sur Virgin. On leur donne finalement une semaine pour enregistrer la première face de ce disque qui était  techniquement difficile.

Comme le rappelle Branson lui-même : « Après avoir ouvert notre premier magasin de disques Virgin à Londres, nous avons rassemblé un peu d'argent et acheté une maison de campagne délabrée que nous avons transformée en studio d'enregistrement appelé The Manor ».

« Un jour, un ingénieur de The Manor m'a appelé pour me dire qu'il avait entendu une incroyable démo instrumentale d'un adolescent appelé Mike Oldfield. La mère de Mike était alcoolique, et quand il avait 14 ou 15 ans, il s'est enfermé dans le grenier et il a composé. Il jouait tous les instruments lui-même. »

Mike Oldfield (Image: Getty)

Au sujet du processus d'enregistrement, Newman explique : « Michael avait quelques idées de base et des morceaux de mélodie, mais ils n'étaient pas vraiment connectés. Rien n'était fixé de manière rigide.

« J'ai créé une énorme liste de morceaux qui faisait 3 mètres de long, suspendue au bout de la table de mixage. On la travaillait sans relâche jusqu'à ce que l'on sente qu'il fallait tout changer. C'était une m**** à mixer. On sollicitait l'équipement bien au-delà des attentes. »

Un tel multi-pistage était un véritable pas en avant dans la production qui était alors à la pointe. Pourtant, il avait été arrangé par des amateurs qui venaient collectivement de produire l'album instrumental le plus vendu de tous les temps. Sorti le 25 mai 1973, Oldfield, qui n'avait que 19 ans au moment de l'enregistrement, jouait presque tous les instruments.

Il comprenait deux morceaux presque entièrement instrumentaux. Aujourd'hui, les ventes sont estimées à quelques 17 millions d'exemplaires, et ce n'est pas fini. Virgin était né et Branson a décollé. Mais pas Newman. « Nous n'avons rien reçu, pas même un remerciement ou une pinte de bière », se souvient-il.

« Quelques mois plus tard, Richard était millionnaire et Michael avait disparu. » Newman a quitté Virgin l'année suivant la sortie de Tubular Bells. Il faudra attendre 10 ans, suite à une bataille juridique entre Oldfield et Virgin au sujet des royalties, pour que Newman reçoive enfin un pourcentage.

Il reçoit maintenant un pour cent de la commission d'Oldfield, ce qui représente quelque chose comme 6 000 ou 8 000 £ par an. « J'étais et je suis toujours extrêmement reconnaissant envers Michael pour cela », ajoute-t-il.

On pourrait penser qu'une telle expérience laisse un goût amer, mais Newman est remarquablement réconcilié avec son passé : « Je n'éprouve que de la joie pour Richard, et de l'admiration pour ses récompenses bien méritées », dit-il. « D'accord, il vient d'une famille modérément privilégiée et stable, mais, par Dieu, il n'a jamais, jamais été choyé par elle. Il a toujours été un homme adorable, qui a travaillé très dur, sans relâche, pour arriver à ce qu'il a, et qui permet aujourd'hui de mettre de la nourriture sur de nombreuses tables. »

Tubular Bells

La relation entre Newman et Oldfield a également connu des hauts et des bas. Ils se sont retrouvés pour travailler sur l'album Amarok d'Oldfield en 1990.

Deux ans plus tard, Newman se heurta à Trevor Horn, le producteur de Tubular Bells II. Mais un événement encore plus étrange avec Oldfield arriva peu après.

« J'ai traîné avec Michael pendant un mois ou deux, pour l'aider à préparer un nouvel album », se souvient Newman. Un jour, sa petite amie de l'époque s'est arrêtée pour dire "Bonjour" et me demander "Est-ce que tu veux quelque chose pour les courses ? ».

La brève conversation avait été observée par Oldfield depuis une fenêtre à l'étage.

Le musicien a alors commencé à fulminer de façon incohérente, disant à Newman qu'il n'avait pas le droit de parler à sa petite amie. Ils ne se sont plus parlé pendant 10 ans.

Jamais véritablement célèbre, ni jamais véritablement riche, Newman a passé la majeure partie du reste de sa vie à éviter de faire fortune. Oublier Tubular Bells, oublier son travail artistique derrière Ringo et oublier une douzaine de ses propres albums studio qui n'ont pas réussi à prendre la lumière comme Tubular Bells. Mais certaines choses ne peuvent être oubliées.

Il possédait un magasin de quartier qu'il a acheté pour 8 000 £ et revendu pour 16 000 £ après avoir lui-même imaginé des plans de rénovation. « Le nouveau propriétaire a dûment suivi mes plans et la boutique vaut environ un million aujourd'hui ».

Mike Oldfield en 1981 (Image: Getty)

Plus tard, il a acheté une Bentley Fastback Continental pour 11 000 £. « Je me suis retrouvé fauché, et j'ai dû vendre la Bentley. J'en ai tiré exactement 11 000 £. Deux mois plus tard, le marché des voitures classiques a décollé, et vous ne pouviez pas acheter une Fastback Continental pour moins de 100 000 £. »

Il s'est essayé dans une entreprise de fabrication de guitares - mais qu'il a ensuite quittée pour se consacrer à d'autres projets - dans laquelle il a créé des guitares pour les Bee Gees, les Beach Boys et John Entwistle.

Plus tard, Newman a commencé à écrire ses mémoires pour éviter les pensées suicidaires. Cherchant à les vendre à Virgin Books, il a appelé leur département marketing, expliquant qu'il était un ami de Richard. On lui a alors répond : « Qui est Richard ? ».

Le succès ne garantit pas la fortune, et s'il est riche de quelque chose, c'est hélas surtout d'expérience. Aujourd'hui âgé de 79 ans, Newman commence à travailler sur un nouvel album, Finer Old Tom [en référence à son premier album Fine Old Tom, sorti en 1975].

Alors que d'autres célèbrent le succès d'un album culte qu'il a contribué à créer, un peu de nourriture sur sa table serait bien mérité.


Traduit en français par orabidooblog.

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