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vendredi 14 octobre 2016

SANCTUARY II : Robert Reed récidive et transforme son essai (chronique)



En 2014, le multi-instrumentiste sortait Sanctuary, prenant son envol en assumant ses créations en tant qu'artiste solo, laissant un temps de côté son groupe Magenta et ses divers projets musicaux (Kompendium, Kiama, Chimpan A). Derrière l'hommage personnel et assumé au vénéré Mike Oldfield, la maitrise et l'inspiration mises dans sa double fresque laissera une bonne partie de la communauté des fans du Maestro sur le cul, et ravivra la flamme chez les désespérés d'entendre un jour un nouvel album instrumental de la veine d'Ommadawn et d'Incantations. Tandis que d'autres puristes (trop?) se contenteront de résumer l'exercice par un plagiat dénué d'émotion que seul Mike est capable de leur procurer. Les goûts et les couleurs...

Force est de constater que Robert Reed a réussi son pari, son premier opus recevra un accueil plus que favorable, et pas seulement auprès des cercles oldfieldiens, mais au-delà dans la grande famille du progressif (en témoignent les multiples articles consacrés sur le site à large audience PROG). Malgré les éloges sur le net, la promo reste relativement discrète, mais les copies s'épuisent, jusqu'à rupture de stock, faisant de ce succès non-anticipé l'une des belles surprises progs de l'année. Alors pourquoi ne pas récidiver lorsqu'on s'épanouit autant musicalement et que les voyants sont au vert ? Moins d'un an plus tard, Robert Reed craque et annonce le deuxième opus de Sanctuary en promettant encore plus de surprises. Rendez-vous est pris.

Sanctuary II - pochette

En juin dernier sort donc Sanctuary II dans une pochette rappelant celle de l'album précédant, mais révèlant un enrichissement inévitable. Plus de couleurs, plus de formes, mais aussi plus de moyens. Les secrets sont vite levés : il y a du monde autour du multi-instrumentiste. Robert Reed signe seul, mais n'est pas solitaire pour autant. Le projet rassemble une nouvelle fois Tom Newman et Simon Heyworth à la production et au mixage, bien sûr, mais aussi des guests de choix dont le batteur Simon Phillips, Leslie Penning aux flûtes, et les voix de la chanteuse Angharad Brinn (habituée des collaborations avec Reed) et le choeur du Synergy Vocals. Le second album se veut donc plus dynamique, de qualité supérieure au premier, avec une touche sans doute plus personnelle, mais l'ombre de Mike Oldfield est toujours aussi omniprésente...

Hommage ou plagiat ? La question est sans fin tellement certains passages sont pratiquement copiés-collés, alors que d'autres révèlent une réelle inspiration loin d'être donnée à tout le monde. Les deux fresques d'une vingtaine de minutes chacune s'enchainent sans difficulté, sans ennui, un vrai plaisir musical. Certes, les émotions n'atteignent pas le niveau d'Hergest Ridge, mais elles sont là, plus timides. La liste des instruments folkloriques utilisés y joue pour beaucoup, elle confère une atmosphère chaleureuse et la superposition des mélodies tantôt pastorales, tantôt virvoltantes, ne peut qu'éveiller l'intérêt de l'auditeur. Les parties électriques avec Simon Phillips à la batterie sont particulièrement réussies, elles apportent une fraicheur et un dynamisme inattendu, c'est effectivement une belle surprise qui à mon sens différencie le plus ce nouvel opus du premier. Les passages solistes d'Angharad Brinn - dont la voix est juste magnifique - rappellent effectivement la signature de Robert Reed en se rapportant à d'autres de ses créations comme sa récente reprise de Willow's Song en 2014.

Mais malgré ces nouvelles touches, l'impression d'écouter des passages d'Incantations, Ommadawn et Hergest Ridge rassemblés dans une seule et même fresque persiste, ils s'enchainent comme dans un exercice de haute volée dans lequel Reed démontre qu'il maitrise l'art du Maestro à la perfection. C'est peut-être là aussi que se situe le hic, le "mais" qui ne nous lache décidément pas, car même si on est tous à peu près d'accord pour dire que les quatre premiers albums de Mike sont de la même veine musicale, reprenant les mêmes procédés de base, les mêmes instruments, il y a bien une évolution dans dans la musique et les thématiques. De nouvellles expérimentations, de nouvelles prises de risque. Au final, des éléments essentiels différencient ces albums : les atmophères propres et les émotions qu'ils procurent. On en revient toujours au même point. Les émotions chez Robert Reed à côté paraissent fades, parfois même artificielles, les mélodies censées les véhiculer sont comme piochées dans ce qui existe déjà, et s'enchainent sans trop d'harmonie entre elles, comme si on s'était contenté de mêler l'envoutante intro d'Ommadawn avec le néo-folklorique Sheba pour espérer garder le meilleur... On n'a pas ce sentiment que la musique est un ensemble original qui sort des tripes. Ce manque de profondeur, déjà présent sur Sanctuary, devient ici par moments trop flagrant. Le côté robot de Reed casse le voyage et ne nous emmène finalement pas très loin... une succession de cul-de-sacs. La fin de la première partie illustre malheureusement trop bien ce sentiment lorsqu'après une montée en puissance progressive et des reprises dynamitées par les percussions de Simon Phillips, des solos éléctrifiés et des choeurs toujours grandissants, la musique s'arrête soudainement sur un chant de robot (justement), et nous abandonne avec l'excitation d'un final frissonnnant se transformant en simple frustration. L'explosion voulue par le climax ne va pas au bout.

Sanctuary II, c'est finalement comme le bon petit plat que nous faisait notre grand-mère et dont elle seule avait le secret. Et lorsque vient le jour où on le refait chez soit, avec exactement la même recette, les mêmes ingrédients, la saveur est atténuée, le plaisir est bien là mais il n'est pas le même. Ce 'petit quelque chose' manquant qui rend l'original si particulier et inégualable.

Mais ne vous y méprenez pas, derrière ces critiques peut-être un peu dures se cache un plaisir non coupable d'écouter cet album en boucle. Car oui, Sanctuary II reste une merveille, sans doute l'un des meilleurs albums que j'ai pu écouter cette année. Même s'il n'arrive pas au niveau cinq étoiles d'un Ommadawn ou d'un Amarok, il se classe sur l'étagère des albums que la platine reverra souvent et que je conseille à tout bon fan de musique progressive instrumentale, au même titre que son prédécesseur. Alors encore une fois, merci Rob !

★★★★☆

Pour aller plus loin, sachez qu'un unique concert a été donné samedi dernier (8 octobre 2016) au Real World Studios à Box, en Angleterre. Rob Reed, encore bien entouré, a joué pour la première fois en live l'intégralité des deux opus de Sanctuary devant une audience visiblement conquise. Vous pourrez par ailleurs trouver quelques photos de l'événement ainsi qu'une chronique (en anglais) à cette adresse. Mais la bonne nouvelle surtout, c'est que cette soirée spéciale a été enregistrée pour une prochaine sortie en DVD ! On aura en tout cas l'occasion d'en reparler très bientôt avec d'autres nouvelles autour des projets de Reed en relation avec MO... En attendant, les deux albums sont toujours disponibles ICI (lien amazon).

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Sanctuary II  de Robert Reed avec Simon Phillips (batterie) et Les Penning (flûtes) ; date de sortie le 10 juin 2016 aux formats vinyle (Plane Groovy - PLG046) et 2CD/DVD 5.1 (Tigermoth Productions Ltd. - TMRCD0616). Site officiel

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Nettement supérieur au premier ! Plus personnel je trouve. Il reste néanmoins "à la manière de..." mais c'est le but de l'exercice. Je trouve les deux parties plutôt équilibrées. La collaboration de Simon Philips est un gros plus car la batterie plutôt bien présente donne une véritable assise à la musique. Néanmoins, il y manque effectivement une certaine profondeur. J'aurais envie de dire "on y est presque". Quoiqu'il en soit, Bravo Mister Reed. Il a tourné en boucle pendant les vacances et m'a été réclamé par ma fille de 8 ans à côté de morceaux du maître! Et,oui ! On a la fibre Oldfield dans la famille. Pour info, reçu la version Deluxe avec un packaging de meilleure facture que Sanctuary 1 et la version vinyle signée. Le pressage vinyle est de bonne qualité. Il rend davantage hommage à la pochette. Dans l'attente du prochain Oldfield ... F.BOREL

Olivier a dit…

Je fais partie des "puristes", mais j'ai tout de même noté que Sanctuary II était plus riche et légèrement plus personnel. Mais pour le reste, ça manque de génie, de panache, d'ambition, de folie. Mais surtout de "construction oldfieldienne". Là où Oldfield montait en puissance et concevait une unité cohérente et homogène, Reed se contente d'assembler des morceaux.
Ca reste sympa. Aussitôt écouté, aussitôt oublié. Parce que Reed s'obstine à faire des mauvais choix d'instruments aux moments cruciaux.

Anonyme a dit…

Pas tout a fait d'accord avec Olivier. Les choix d'instruments sont les siens. Il est intéressant d'ailleurs de comparer le mix de l'album avec le mix alternatif de Newman. Les deux restent cependant acceptables. Maintenant, le fait de ne pouvoir atteindre les émotions générées par les albums d'Oldfield reste rassurant. Le maître est incopiable ! Maintenant, moi aussi je me qualifie de "puriste" mais en faisant bien attention à ne pas tomber dans le sectarisme. Ce n'est pas du Oldfield, c'est du Reed. Pour qui douterait encore de sa capacité à composer et à créer des émotions, je renvoie vers l'écoute de "Beneath the wave" Kompendium.

salociN a dit…

Pour le coup, je ne ferais suer personne (ça m'évitera à coup sûr les redites) vu que je n'ai pas la moindre intention d'écouter cet "opus" ^^

Tellement d'autres choses bien plus intéressantes à écouter, surtout en cette année 2016 particulièrement riche.

Anonyme a dit…

De mon côté, tout ce que j'espère, c'est que cela viendra peut-être aux oreilles de Mike, qui pourrait alors se dire : "Tiens, et si je collaborais de nouveau avec Simon Phillips pour un nouvel album". Ce serait tripant.

Ce batteur, que j'apprécie beaucoup, a l'air d'être de nouveau disponible avec la fin de sa collaboration avec Toto.

Franchement, s'ils devaient à nouveau collaborer tous les deux, cela me ferait grimper au ciel (ni plus ni moins).

Je rêve (mais j'écoute de la musique de Mike en même temps...)

E-Gwen.

Nikko a dit…

Je suis partiellement d'accord avec les reproches formulés dans la chronique. En clair, je les partage dans l'analyse de la partie II, mais absolument pas dans celle de la partie I qui est pour moi
une vraie réussite.

Le souci de Sanctuary II est à mon avis cette seconde partie. Comme Justement décrit plus haut, on a l'impression d'un patchwork oldfieldien sans vraiment de ligne de conduite, avec des émotions
artificielles. Le pire étant la séquence au vocoder, justifiée par un évènement précis dans Five Miles Out, mais qui n'a pas grand chose à faire dans la musique de Reed, à part peut être nous montrer que l'autodérision n'arrête pas Robert.

Par contre, je défends sincèrement la partie I (hormis ses 2 dernières minutes). Je trouve sa construction aboutie et réfléchie, et le dialogue instauré entre la flûte et la guitare électrique
est purement jouissif : Robert a vraiment créé quelque chose de personnel au travers du jeu de ces deux instruments. Il ressort également de cette partie une énergie porteuse, grâce aux percussions
comme cela a été dit, mais aussi aux mélodies à la guitare électrique, nerveuses et inspirées. Les parties vocales sont la cerise sur le gâteau.

Enfin... je pense que Robert le premier ne partagera pas mon analyse, lui qui a choisi le fade "Marimba" comme morceau de promo. Pas grave, je lui en veux pas, et j'écoute encore et encore son album, car même si on a la critique facile, on est nombreux à lui dire un grand merci pour son travail !

Anonyme a dit…

Hi !
Yes, Le Maitre est hors d'atteinte (et le restera).
Moi je trouve cela bizarre de copier Oldfield... J'ai écouté Reed en fait vu et entendu son clip qui ressemble a "In dulci Jubilo" je crois, sa musique m'a entêté !! pas moyen de l'évacuer pendant toute la journée !
donc, j'aime pas. Chacun ces goûts...
Peut-être que Mister Reed est aussi pilote de motos, d'avions, hélicoptères, de bateaux...J'aimerai bien connaitre le QI d'Oldfield.
Bonne continuation pour ce fabuleux blog. A plus.

Éric de l'Oise.