Jour pour jour ! Cinquante ans après l'enregistrement de l'adaptation orchestrale d'
à Glasgow, il est temps de présenter l'album physique, qui sort enfin chez un label indépendant, spécialisé dans les bootlegs de retransmissions radiophoniques (
).
A proprement parlé il s'agit donc d'une sortie non-officielle de Mike Oldfield, mais pour rappel, le Maestro n'avait pas participé à ces enregistrements, il est donc seulement crédité en tant que compositeur original de la double fresque. C'est bien David Bedford, Steve Hillage, et bien sûr l'Orchestre National d'Ecosse qui sont à l'œuvre ici, pour un pur moment d'extase !
Retour dans le passé
En 1974, alors qu'Hergest Ridge est à peine dans les bacs, l'idée est de continuer sur la lancée de Tubular Bells et d'adapter cette nouvelle œuvre pour un orchestre philarmonique. Bien sûr, c'est le compositeur David Bedford qui est aux commandes, mais Mike Oldfield, pas très en clin avec cette idée de réorchestration, décide tout simplement de fermer la porte au projet. Qu'à cela ne tienne, Virgin fera sans son poulain et recrute le génial Steve Hillage, alors guitariste du groupe Gong.
Plusieurs représentations auront donc lieu au Royaume-Uni, à commencer par celle de décembre 1974 au Royal Albert Hall avec le
Royal Philharmonic Orchestra qui sera captée et retransmise par la BBC. Il s'agit naturellement de la version la plus connues car plus largement diffusée à l'époque (et aujourd'hui sur
Youtube). On dit d'ailleurs que
Mike Oldfield aurait été assez acerbe en découvrant le résultat, et se serait moqué de la prestation de
Steve Hillage qui, techniquement, jouait donc à sa place...
 |
| David Bedford en chef d'orchestre durant la représentation d'Hergest Ridge au Royal Albert Hall en décembre 1974 (gauche) / Steve Hillage dans son style bien à lui pendant son solo sur The Orchestral Tubular Bells (droite) |
C'est le 5 septembre 1975 qu'un nouvel enregistrement est commis lors du concert à Glasgow en Ecosse, et retransmis en 1976 à la radio. Mixée au Manoir, il s'agit finalement de la meilleure source audio existante de cet arrangement d'Hergest Ridge, et celle qui est à l'origine de cette édition, 50 ans plus tard, après qu'une bande fut redécouverte très récemment !
Des extraits de
The Orchestral Hergest Ridge étaient déjà parus en 1979 dans le documentaire
The Space Movie réalisé par
Tony Palmer. A l'époque, la bande son, qui regroupait également d'autres morceaux inédits de
Mike Oldfield, était même en passe d'être éditée sur vinyle, mais le projet fût abandonné plusieurs fois. Seule une
édition CD en 2015 vit le jour, mais l'absence totale de traitement sur la bande sonore a vite douché l'espoir de profiter enfin d'une édition correcte de l'œuvre.
Jusqu'à aujourd'hui, seules les éditions pirates qui circulaient parmi les fans permettaient de découvrir cette archive, véritable pépite dans la discographie parallèle de Mike Oldfield. Mention spécial pour l'ami Jan Flaška et son gros travail de remastering indépendant sur plusieurs œuvres de Mike Oldfield, et qui, jusque là, avait proposé selon moi la meilleure résolution sonore.
Que vaut ce nouveau disque ?
Le jour est donc enfin arrivé où une édition digne de ce nom propose d'écouter pour la première fois une version restaurée de la source originale issue de la représentation de septembre 1975 par le Scottish National Orchestra avec Steve Hillage à la guitare électrique. Et c'est un vrai plaisir !
La restitution de l'enregistrement est largement à la hauteur, grâce notamment à la qualité de la captation par le studio mobile du Manoir et évidemment au traitement opéré sur les bandes. Côté musique, c'est très personnel, mais j'ai toujours considéré cette adaptation comme une merveille. David Bedford a réussi à surpasser le travail fait sur l'arrangement de Tubular Bells qui était, selon moi, plus dans la technicité. Ici, l'émotion est palpable et les rugissements de l'orchestre hérissent le poil plus d'une fois ! Steve Hillage n'est pas en reste avec ses envolés électriques qui donnent parfois l'impression qu'il improvise en se réappropriant les mélodies originales. Il y a de la maitrise, c'est incontestable. Ce n'est pas pour rien qu'il est encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands guitaristes psychédéliques de l'histoire du rock...

Tout cela ne serait pas parfait sans un contenu physique approprié, et encore une fois c'est une bonne surprise, car, au delà du fait que l'ensemble des visuels ont été sélectionnés spécialement, l'édition vinyle propose une triple pochette ouvrante renfermant une réplique du programme de l'époque distribué pour la représentation de Glasgow (grâce au partage de notre ami Yannick Dély d'ailleurs !). Une note par Philip Newell, alors ingénieur son chez Virgin, vient également apporter un peu de contexte et de souvenir autour de l'œuvre.
A noter que l'édition vinyle standard (noir) est limitée à 1000 exemplaires et qu'un pressage spécial sur vinyle transparent (aujourd'hui épuisé) est lui limité à 100 exemplaires numérotés, mais le contenu reste le même sur les deux éditions. L'édition simple sur CD quant à elle ne contient pas la reproduction du programme de l'époque et n'est pas annoncée comme limitée.
Tout est à retrouver sur la boutique en ligne affiliée au label :
musicglue.comLes commandes partent du Royaume-Uni, mais n'hésitez pas à partager les liens vers des revendeurs FR ou européens s'il en existe !
En bonus
Pour aller plus loin dans l'histoire, Philip Newell nous a partagé au moment de la confection de ce disque son souvenir de l'époque autour des orchestrations de Tubular Bells et Hergest Ridge. Il revient sur la genèse du projet et éclaircit certains mystères au sujet de The Orchestral Hergest Ridge. C'est une sorte de version longue de la note publiée sur le livret qui est ici traduite en français.
Bonne lecture ! (cliquez ci-dessous)