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vendredi 5 septembre 2025

THE ORCHESTRAL HERGEST RIDGE enfin édité ! + son HISTOIRE

Jour pour jour ! Cinquante ans après l'enregistrement de l'adaptation orchestrale d'Hergest Ridge à Glasgow, il est temps de présenter l'album physique, qui sort enfin chez un label indépendant, spécialisé dans les bootlegs de retransmissions radiophoniques (FM Concert Broadcasts Ltd.).

The Orchestral Hergest Ridge (vinyle standard, 2025)

A proprement parlé il s'agit donc d'une sortie non-officielle de Mike Oldfield, mais pour rappel, le Maestro n'avait pas participé à ces enregistrements, il est donc seulement crédité en tant que compositeur original de la double fresque. C'est bien David Bedford, Steve Hillage, et bien sûr l'Orchestre National d'Ecosse qui sont à l'œuvre ici, pour un pur moment d'extase !

Retour dans le passé


En 1974, alors qu'Hergest Ridge est à peine dans les bacs, l'idée est de continuer sur la lancée de Tubular Bells et d'adapter cette nouvelle œuvre pour un orchestre philarmonique. Bien sûr, c'est le compositeur David Bedford qui est aux commandes, mais Mike Oldfield, pas très en clin avec cette idée de réorchestration, décide tout simplement de fermer la porte au projet. Qu'à cela ne tienne, Virgin fera sans son poulain et recrute le génial Steve Hillage, alors guitariste du groupe Gong.

Plusieurs représentations auront donc lieu au Royaume-Uni, à commencer par celle de décembre 1974 au Royal Albert Hall avec le Royal Philharmonic Orchestra qui sera captée et retransmise par la BBC. Il s'agit naturellement de la version la plus connues car plus largement diffusée à l'époque (et aujourd'hui sur Youtube). On dit d'ailleurs que Mike Oldfield aurait été assez acerbe en découvrant le résultat, et se serait moqué de la prestation de Steve Hillage qui, techniquement, jouait donc à sa place...

David Bedford en chef d'orchestre durant la représentation d'Hergest Ridge au Royal Albert Hall en décembre 1974 (gauche) / Steve Hillage dans son style bien à lui pendant son solo sur The Orchestral Tubular Bells (droite)

C'est le 5 septembre 1975 qu'un nouvel enregistrement est commis lors du concert à Glasgow en Ecosse, et retransmis en 1976 à la radio. Mixée au Manoir, il s'agit finalement de la meilleure source audio existante de cet arrangement d'Hergest Ridge, et celle qui est à l'origine de cette édition, 50 ans plus tard, après qu'une bande fut redécouverte très récemment ! 

Des extraits de The Orchestral Hergest Ridge étaient déjà parus en 1979 dans le documentaire The Space Movie réalisé par Tony Palmer. A l'époque, la bande son, qui regroupait également d'autres morceaux inédits de Mike Oldfield, était même en passe d'être éditée sur vinyle, mais le projet fût abandonné plusieurs fois. Seule une édition CD en 2015 vit le jour, mais l'absence totale de traitement sur la bande sonore a vite douché l'espoir de profiter enfin d'une édition correcte de l'œuvre.

Jusqu'à aujourd'hui, seules les éditions pirates qui circulaient parmi les fans permettaient de découvrir cette archive, véritable pépite dans la discographie parallèle de Mike Oldfield. Mention spécial pour l'ami Jan Flaška et son gros travail de remastering indépendant sur plusieurs œuvres de Mike Oldfield, et qui, jusque là, avait proposé selon moi la meilleure résolution sonore.

Que vaut ce nouveau disque ?


Le jour est donc enfin arrivé où une édition digne de ce nom propose d'écouter pour la première fois une version restaurée de la source originale issue de la représentation de septembre 1975 par le Scottish National Orchestra avec Steve Hillage à la guitare électrique. Et c'est un vrai plaisir !

La restitution de l'enregistrement est largement à la hauteur, grâce notamment à la qualité de la captation par le studio mobile du Manoir et évidemment au traitement opéré sur les bandes. Côté musique, c'est très personnel, mais j'ai toujours considéré cette adaptation comme une merveille. David Bedford a réussi à surpasser le travail fait sur l'arrangement de Tubular Bells qui était, selon moi, plus dans la technicité. Ici, l'émotion est palpable et les rugissements de l'orchestre hérissent le poil plus d'une fois ! Steve Hillage n'est pas en reste avec ses envolés électriques qui donnent parfois l'impression qu'il improvise en se réappropriant les mélodies originales. Il y a de la maitrise, c'est incontestable. Ce n'est pas pour rien qu'il est encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands guitaristes psychédéliques de l'histoire du rock...


Tout cela ne serait pas parfait sans un contenu physique approprié, et encore une fois c'est une bonne surprise, car, au delà du fait que l'ensemble des visuels ont été sélectionnés spécialement, l'édition vinyle propose une triple pochette ouvrante renfermant une réplique du programme de l'époque distribué pour la représentation de Glasgow (grâce au partage de notre ami Yannick Dély d'ailleurs !). Une note par Philip Newell, alors ingénieur son chez Virgin, vient également apporter un peu de contexte et de souvenir autour de l'œuvre.

A noter que l'édition vinyle standard (noir) est limitée à 1000 exemplaires et qu'un pressage spécial sur vinyle transparent (aujourd'hui épuisé) est lui limité à 100 exemplaires numérotés, mais le contenu reste le même sur les deux éditions. L'édition simple sur CD quant à elle ne contient pas la reproduction du programme de l'époque et n'est pas annoncée comme limitée.

Tout est à retrouver sur la boutique en ligne affiliée au label : musicglue.com
Les commandes partent du Royaume-Uni, mais n'hésitez pas à partager les liens vers des revendeurs FR ou européens s'il en existe !

En bonus


Pour aller plus loin dans l'histoire, Philip Newell nous a partagé au moment de la confection de ce disque son souvenir de l'époque autour des orchestrations de Tubular Bells et Hergest Ridge. Il revient sur la genèse du projet et éclaircit certains mystères au sujet de The Orchestral Hergest Ridge. C'est une sorte de version longue de la note publiée sur le livret qui est ici traduite en français. 
Bonne lecture ! (cliquez ci-dessous)

jeudi 11 avril 2024

CARL PALMER : Sortie d'un nouveau coffret renfermant une rareté avec Mike Oldfield

Avis aux collectionneurs les plus 'complétistes', ou les fans de musique progressive en général, et plus particulièrement d'Emerson, Lake & Palmer ! 

Ces derniers jours ont été marqués par la sortie d'un nouveau coffret retraçant la carrière du célèbre batteur britannique Carl Palmer, avec qui Mike Oldfield a collaboré au début des années 80, notamment sur la fresque Mount Teide présente sur l'album Five Miles Out (1982).

Fanfare For The Common Man, Carl Palmer (2024)

Cette édition Deluxe renferme donc 3 CD, 1 Blu-Ray et l'autobiographie du musicien intitulée Fanfare For The Common Man. L'occasion de se replonger dans les innombrables collaborations du musicien avec bien entendu les supergroupes ELP et Asia, mais aussi d'y découvrir des morceaux moins connus, voire presque oubliés.

Liste des pistes

L'anthologie ne pouvait pas passer à côté du travail réalisé avec notre Maestro, en y présentant les deux seuls morceaux connus, enregistrés lors des sessions studio de Five Miles Out : Mount Teide et Ready Mix ! Bien que le premier soit présent sur l'album original, le second n'a jamais été édité dans la discographie de Mike Oldfield, ce qui en fait une curiosité en soit. Mais, là où la plupart des morceaux inédits sont écoutables dans des versions plus ou moins bonnes, cet enregistrement de près de 4 minutes aurait très bien pu apparaitre tel quel sur une face B d'un single de l'époque.

Possiblement pressenti pour apparaitre sur le coffret Elements en 1993, l'instrumental Ready Mix restera donc inexploité, jusqu'à ce que Carl Palmer lui-même le sorte sur un best of en 2001, Do Ya Wanna Play, Carl?, aujourd'hui épuisé...

Techniquement, la sortie de ce nouveau coffret présente donc la seconde édition de Ready Mix, mais il n'en reste pas moins une rareté intéressante, dans la veine de Taurus II !



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Fanfare For The Common Man (2024) de Carl Palmer, édité en coffret Deluxe (3CD+Blu-Ray) par BMG. Date de sortie le 5 avril 2024. Commander / Order

jeudi 29 juin 2023

OUTLANDERS : Une nouvelle version du titre Never Too Far (feat. Mike Oldfield)

Décidément, dix ans après sa sortie, Tubular Beats revient de loin ! Après la mise en avant de la version club de Tubular Bells revisitée par Torsten Stenzel (alias York) sur l'album des 50 ans sorti le mois dernier, c'est désormais au titre Never Too Far d'être dépoussiéré. 

Ce morceau est le fruit d'une collaboration entre Torjen Stenzel et Mike Oldfield - qui avaient déjà travaillé ensemble en 2012 sur l'album Islanders - et apparaîtra pour la première fois sur l'album de remix Tubular Beats (2013), une compilation de musiques issues de la discographie du Maestro revisitées par Stenzel à la sauce techno (faut aimer...). Officiellement, Never Too Far est d'ailleurs le dernier titre original d'un artiste sur lequel Mike Oldfield a joué. 

Chanté par Tarja (l'ex-chanteuse finlandaise du groupe Nightwish), Never Too Far ressort donc ce mois-ci dans le cadre du projet Outlanders (en CD et vinyle bleu), un album-compilation regroupant une douzaine de morceaux sur lesquels des guitaristes prestigieux étaient invités à poser leur patte. On y retrouve notamment Joe Satriani, Trevor Rabin (Yes), Marthy Friedman (Megadeath), Steve Rothery (Marillion), Al Di Meola, etc... rien que ça !

Outlanders (2023)

Mike Oldfield n'a pas réenregistré ses parties pour l'occasion, mais Torsten Stenzel a réarrangé le morceau et propose donc ici une nouvelle version avec plus de rythme. C'est un peu plus punchy que l'original mais sonne toujours très chill out / downtempo, un peu à la manière de Light + Shade, finalement... Pour les curieux, le morceau a en tout cas été ajouté à la playlist d'actu d'Orabidooblog Radio (Spotify). Jetez-y une oreille ! ;-)

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Outlanders (2023) par Tarja & Torsten Stenzel, édité en CD et vinyle par Ear Music. Date de sortie le 23 juin 2023. Commander / Order

lundi 5 juin 2023

INTERVIEW : Mike Oldfield raconte Tubular Bells pour PROG (#140, mai 2023) - version FR

Comme promis, voici la retranscription en français de la seule interview que Mike Oldfield a bien voulu donner à la presse spécialisée, à l'occasion de la réédition des 50 ans de son chef d'œuvre Tubular Bells.

Une interview suffisamment exceptionnelle pour justifier la une du magazine PROG de ce mois de mai (#140), et un dossier spécial agrémenté de photos d'époque et de témoignages d'autres artistes ayant pour la plus part participé au succès de l'album.

Prog #140, mai 2023

Comme cela a déjà été dit ailleurs, l'article s'en tient vraiment à l'histoire de Tubular Bells, Mike Oldfield revient surtout sur des faits qu'il avaient déjà abordé. Il s'agit donc d'un entretien intéressant pour quiconque découvre l'artiste et la genèse de l'album, mais qui laissera malheureusement la majorité des fans sur leur faim. La retraite annoncée par la maison de disque n'est pas expliquée ici, ni les véritables raisons du travail inachevé laissé sur Tubular Bells 4. 

Pour compléter cet article et faire le plein d'anecdotes autour de l'enregistrement de Tubular Bells, je vous conseille également celui de Tom Newman accordé au Daily Express en début d'année (traduction FR : ici). 

Bonne lecture !

Photo: Michael Putland

Des cloches en or [Golden Bells]


   Au début de l'année 1973, un jeune musicien de 19 ans originaire du sud-est de l'Angleterre se prépare à sortir son premier album solo et est sur le point d'accéder à la célébrité. Tubular Bells de Mike Oldfield ne ressemblait à rien d'autre à l'époque et a transformé l'ancien artiste folk en une célébrité mondiale aux multiples disques de platine. Dans une interview exclusive pour Prog, Oldfield célèbre le 50e anniversaire avec la réédition de ce disque ambient révolutionnaire, et raconte l'histoire de sa création et des suites qu'il a inspirées.

   Sans aucun doute l'un des musiciens les plus naturellement doués à avoir vu le jour en Angleterre, Mike Oldfield fête cette année son 70e anniversaire, qui coïncide avec le 50e anniversaire de son premier album solo, Tubular Bells. Né à Reading, dans le Berkshire, Mike a acquis sa première expérience professionnelle dans le domaine de la musique au sein du duo folk The Sallyangie, aux côtés de sa sœur Sally. Il a ensuite attiré l'attention de Kevin Ayers, jouant sur deux de ses albums cultes, Shooting At The Moon et Whatevershebringswesing. En 1971, Oldfield est bassiste dans le groupe de blues-rock The Arthur Louis Band et travaille en solo pendant son temps libre. C'est en septembre de cette année-là qu'une rencontre fatidique a lieu. Le Arthur Louis Band se rend pour les sessions d'enregistrement au Manor Studio dans l'Oxfordshire, une nouvelle installation appartenant à l'homme d'affaires Richard Branson et dirigée par les producteurs-ingénieurs Tom Newman et Simon Heyworth. 

   C'est Newman et Heyworth qui entendront pour la première fois le matériel solo sur lequel Oldfield travaillait. Impressionnés par le talent et la vision du jeune multi-instrumentiste, les deux hommes sont déterminés à enregistrer son travail. Ils convainquent rapidement Branson d'allouer officiellement du temps de studio au projet d'Oldfield et l'album terminé devint alors le tout premier album de Virgin Records. Depuis lors, Tubular Bells est devenu un phénomène et Mike Oldfield a connu une longue et illustre carrière. 

   Depuis son domicile aux Bahamas, Mike Oldfield parle avec passion de ses expériences musicales formatrices. 

   "Je me souviens m'être éveillé à la musique quand j'avais environ six ans", dit-il. "Notre famille possédait à l'époque un tourne-disque Dansette et ma première chanson mémorable était The Teddy Bears' Picnic (Le pique-nique des oursons). J'ai essayé de le demander à la radio, mais on ne me l'a jamais passé.

   "Ensuite, j'ai commencé à entendre ma mère jouer l'opéra de Puccini, Madame Butterfly, qui a probablement été la première musique classique que j'ai entendue. Ensuite, ma sœur a commencé à jouer beaucoup d'airs d'Elvis Presley et de Mario Lanza, jusqu'au jour où, en rentrant de l'école, j'ai entendu un morceau extraordinaire sur la Dansette. J'ai découvert qu'il s'agissait de la Cinquième Symphonie de Beethoven. Cela a eu un profond effet sur moi, même en tant qu'enfant de six ans - ma mâchoire s'est décrochée et je me suis dit : "Qu'est-ce que c'est ? J'étais enchanté". 

   Le caractère unique de son enfance ne lui échappe pas. "J'ai eu la chance de naître à une époque extraordinaire pour la musique - l'aube des années 60 et la naissance du rock'n'roll. Les Beatles et les Stones sortaient leurs premiers disques et une musique de plus en plus excitante voyait le jour en permanence. J'ai donc suivi cette vague en tant que jeune auditeur pendant plus de 10 ans, tout en développant mes propres compétences musicales". 

   Les goûts éclectiques d'Oldfield s'étendaient au-delà du blues-rock et de la musique classique. "Un jour, j'ai découvert les guitaristes folk Bert Jansch et John Renbourn", se souvient-il. 

   "Ils m'ont beaucoup inspiré avec leurs morceaux de guitare extraordinaires et complexes. J'ai passé d'interminables heures à les apprendre et à les copier note par note. C'est sur cette base que j'ai progressivement développé mon propre style de guitare, qui s'est très vite étendu aux guitares électriques de toutes sortes". 

   L'univers musical de l'instrumentiste en herbe s'élargit rapidement. "J'ai découvert un groupe appelé Centipede lorsque je travaillais avec Kevin Ayers. Je les adorais car ils faisaient des choses intéressantes avec les overdubs et le multitracking. Plus tard, j'ai découvert des compositeurs plus classiques tels que Bach, Mozart, Sibelius, Faure et des pièces spéciales comme la Gymnopédie d'Erik Satie. Bien sûr, étant à moitié irlandais, j'adore la musique celtique, mais je ne compartimente pas les musiques que j'aime écouter - elles sont toutes de la musique pour mes oreilles et forment un ensemble parfait dans mon esprit". 

   Ces influences variées ont fini par s'unir pour donner Tubular Bells, et l'attachement durable d'Oldfield pour cet album est évident.

   "Le premier Tubular Bells reste mon préféré", admet-il. "Il reste unique et a résisté à l'épreuve du temps. Je n'arrive pas à croire que 50 ans se sont écoulés depuis sa sortie". 

   Prog demande alors à Oldfield quels sont ses souvenirs les plus marquants de cette période.
 
   "Ce fut un tel bouleversement dans ma vie", explique-t-il. "Je suis passé du jour au lendemain du statut de musicien de 19 ans, pratiquement fauché, à celui de célébrité mondiale. Même si j'étais ravi du succès de l'album, j'étais encore sous le choc des problèmes familiaux de mon enfance [lorsque Oldfield avait huit ans, sa mère a été placée sous tutelle en vertu de la loi sur la santé mentale et elle a vécu avec des problèmes de santé mentale jusqu'à sa mort en 1975], que j'ai longuement racontés dans mon autobiographie, Changeling. J'avais vraiment besoin de me reposer pendant un certain temps et de me ressaisir, mais soudain, je me suis rendu compte que le téléphone ne cessait pas de sonner - tout le monde voulait me parler". 

   Le jeune multi-instrumentiste n'aurait jamais pu prévoir l'énorme succès de Tubular Bells, mais face à l'adversité, il est resté fidèle à sa vision. 

   "Je n'avais aucune idée de l'accueil qui serait réservé à l'album", déclare-t-il aujourd'hui. "Ma maquette avait été refusée par tant de maisons de disques au cours de l'année précédente. Ils pensaient tous que j'étais fou d'essayer de vendre de la musique instrumentale - ils n'arrêtaient pas de dire qu'il fallait des voix. Cependant, quelque chose en moi me disait de continuer, et je me souviens très bien de l'époque où je vivais à Tottenham, au nord de Londres, lorsque je travaillais sur les démos. C'était le printemps et je me souviens d'être allé me promener dans un parc voisin pour essayer de me détendre. A ce moment, j'ai compris que l'album sur lequel je travaillais était destiné à connaître un grand succès".
 
   C'était le coup de pouce dont Oldfield avait besoin.

   Il explique : "Je n'avais aucune preuve de ma conviction, mais c'était une forte prémonition, qui m'a donné la confiance nécessaire pour continuer contre vents et marées. Le fait que Tubular Bells ait été couronné de succès m'a aidé à avoir davantage confiance en moi et en mon intuition : tout au long de ma vie, j'ai essayé d'être fidèle à ma propre vision musicale et de ne jamais faire de compromis pour plaire aux autres". 

   Tubular Bells n'était pas seulement révolutionnaire par son son, mais aussi par sa production. Sur les démos, Oldfield a expérimenté un magnétophone modifié pour créer les multiples couches de pistes et d'overdubs qui seraient plus tard recréées en studio. Prog se demande dans quelle mesure cette créativité l'a aidé à obtenir le son qu'il voulait. Sa réponse est catégorique.

   "La technologie", affirme-t-il, "est très importante pour ma musique et contribue grandement au son unique que j'essaie toujours de créer. Depuis l'enfance, j'ai toujours aimé faire des choses avec mes mains, y compris des maquettes d'avions et autres. J'ai découvert très tôt, en tant que musicien, que le son ou la "voix" d'un instrument particulier pouvait être modifié et amélioré grâce à une technologie de studio en constante évolution. 

   "Lorsque je veux créer une atmosphère ou une émotion particulière dans un morceau, j'expérimente de nombreux effets sonores différents jusqu'à ce que le résultat soit parfait. L'utilisation sensible d'un effet acoustique ou électrique particulier peut grandement influencer et approfondir la sensation ou l'émotion d'un instrument de musique. Les guitares, acoustiques et électriques, sont ma principale "voix" musicale. Au fil des ans, j'en ai accumulé une vaste collection. Mais j'utilise à chaque fois au maximum les effets sonores, le multipiste et l'égalisation spéciale, y compris la voix humaine, chaque fois que je sens que cela fonctionne."

   Tubular Bells est sorti en mai 1973, peu après le 20e anniversaire d'Oldfield, avec un concert unique spécial le 25 juin au Queen Elizabeth Hall de Londres. Oldfield est d'abord réticent à l'idée d'interpréter l'album en direct. 

   "La principale raison, explique-t-il, était que je ne pensais pas à l'époque qu'il était possible d'interpréter un morceau de musique enregistré de manière aussi complexe avec des musiciens sur scène." 

   Pour persuader Oldfield d'organiser le concert, le patron de Virgin Records, Richard Branson, lui a offert sa propre voiture Bentley. 

   "J'étais heureux d'avoir finalement accepté le chantage de Richard", sourit-il, "et je n'en croyais pas mes oreilles lorsque j'ai entendu l'ovation". 

   Malgré cela, l'album ne devient pas un succès du jour au lendemain. En juillet 1973, le bouche à oreille et l'influence du DJ John Peel ont permis à l'album d'atteindre les charts au Royaume-Uni, mais ce n'est qu'avec la sortie de L'Exorciste en décembre de la même année qu'il a vraiment décollé. Bien que Tubular Bells Part I n'apparaisse que brièvement dans le film d'horreur surnaturel, la popularité du film a permis à l'album instrumental de passer la quasi-totalité de l'année 1974 dans le Top 10 britannique. À ce jour, ses ventes dépassent les 15 millions d'exemplaires dans le monde. 

   L'énormité du succès de l'album, à la fois critique et commercial, a pesé sur la psyché d'Oldfield.

   "J'ai littéralement couru me réfugier dans les collines", explique-t-il. "Pour être précis, j'ai couru vers les Brecon Beacons et le Herefordshire et, en désespoir de cause, j'ai acheté un cottage isolé, avec une vue magnifique et paisible sur Hergest Ridge. J'ai décroché le téléphone, j'ai mis un oreiller dessus et j'ai passé mon temps à me promener dans les collines. Cela m'a beaucoup aidé jusqu'à ce que j'accepte progressivement le fait que ma vie avait changé pour toujours. Richard [Branson] a désespérément essayé de me faire faire un tour du monde, mais c'était impossible pour moi à ce moment-là. Je trouvais les entretiens de plus en plus stressants et je les évitais autant que possible. Tout le monde voulait savoir : "Pourquoi avez-vous fait Tubular Bells ? Je leur répondais : "Je ne sais pas, c'est arrivé comme ça". Je voulais absolument qu'on me laisse tranquille et que j'essaie de travailler sur une nouvelle musique. Cela a toujours eu le pouvoir de calmer mon âme". 

   Il faudra encore quelques décennies à Oldfield pour trouver un moyen plus durable de décompresser. 

   "J'ai appris la méditation transcendantale à l'époque où je travaillais sur The Songs Of Distant Earth [sorti en 1994]", dit-il, "et cela m'a beaucoup aidé. Elle est particulièrement utile en période de stress et permet de mieux comprendre les pensées souvent confuses qui remplissent notre conscience éveillée. Elle m'a aidé à créer un état de calme et de silence intérieur afin que les nouvelles idées puissent circuler plus librement. À cette époque, j'explorais également de nombreuses voies alternatives, dont le tai-chi et l'hypnothérapie, qui m'ont toutes été utiles dans de nombreux aspects de ma vie."

   Pour Oldfield, ce calme est clairement bénéfique, mais l'étincelle magique de la créativité est plus difficile à cerner. 

   "Lorsque je suis inspiré par un nouveau morceau de musique, réfléchit-il, je n'ai aucune idée de la manière dont l'inspiration se produit. C'est comme si j'étais porté par une vague mystérieuse qui est tellement pleine d'une énergie extraordinaire qu'il n'est pas nécessaire de la comprendre."

   En juin 1991, après la dissolution de son contrat de longue date avec Virgin Records, Oldfield a commencé à travailler sur la suite tant attendue de Tubular Bells, qui allait bientôt devenir son troisième album à figurer dans les hit-parades. 

   "J'ai signé un nouveau contrat avec Warner [Music]", explique-t-il, "et j'ai senti que c'était le moment idéal pour un nouveau départ. Je voulais créer un album qui conserve l'esprit de Tubular Bells I, mais j'avais acquis beaucoup plus d'expérience, tant sur le plan musical que sur celui de la technologie d'enregistrement. L'album a été enregistré à Los Angeles, où je vivais à l'époque". 

   Tom Newman est revenu travailler sur le projet, assistant le nouveau producteur Trevor Horn. L'acteur Alan Rickman joue le rôle de maître de cérémonie, et Oldfield se met en quête d'un nouveau jeu de cloches (les originales ayant été détruites depuis longtemps) dans un magasin de percussions de l'est de Londres. Tubular Bells II est sorti à la fin du mois d'août 1992 et est entré directement à la première place des charts au Royaume-Uni, soutenu par un concert de lancement au château d'Édimbourg, qu'il cite comme "l'une de mes performances live les plus agréables". 

   Tubular Bells III, sorti six ans plus tard, a été créé dans des circonstances très différentes. "Je me suis installé sur l'île d'Ibiza en 1996", se souvient-il, "et j'ai demandé à un architecte de concevoir et de me construire une maison spéciale avec un studio avec vue sur la mer".

   À l'époque, la région était célèbre pour sa scène dance florissante, mais c'était aussi un terrain fertile pour de nombreux artistes, dont Michael Cretu du groupe ambient Enigma.

   "Ibiza était une île où l'on faisait la fête", explique Oldfield en riant, "et où la musique de club était très présente, avec le célèbre Café del Mar et la boîte de nuit Pacha. J'étais à la recherche d'une nouvelle vie et d'une nouvelle inspiration pour la troisième suite et j'ai certainement trouvé l'atmosphère propice à un nouveau son. J'ai commencé ma nouvelle variation du thème des cloches tubulaires par un rythme de danse que j'ai combiné avec des voix aiguës de style indien, ce qui lui a donné un caractère à la fois méditatif et excitant".

   Au milieu de l'année 1998, l'album était terminé. 

   "J'ai enregistré la dernière partie dans mon studio du Buckinghamshire au cours de l'été, puis j'ai obtenu l'autorisation du gouvernement britannique de jouer la première à la Horse Guards Parade à Londres." 

   Six ans jour pour jour après la représentation de Tubular Bells II à Édimbourg, Tubular Bells III fit ses débuts face aux éléments.

   "Ce fut une nuit merveilleuse et mémorable", se réjouit son créateur, "même si le ciel s'est ouvert sur une pluie apocalyptique à mi-parcours !" 

   Près de 40 ans après la sortie du disque original, Oldfield est retourné à Londres pour contribuer aux Jeux olympiques d'été de 2012.

   Il s'enthousiasme : "Composer et jouer pour la cérémonie d'ouverture a été, et est toujours, le point culminant de ma carrière musicale, principalement en raison de l'engagement et de l'enthousiasme de tous les participants. Je n'arrivais pas à croire que Tubular Bells avait été choisi, en partie, pour représenter le Royaume-Uni lors de cet événement spectaculaire. Travailler avec le réalisateur, Danny Boyle, et tous les autres participants a été une pure joie". 

   L'ampleur du projet a laissé un souvenir indélébile. 

   "Savoir que 900 millions de personnes regardaient le spectacle à la télévision et que la Reine [Elizabeth II] et de nombreux dirigeants du monde entier étaient présents a été un grand honneur. Je me suis rendue à Londres deux semaines à l'avance et, comme il y avait beaucoup d'autres artistes, j'ai eu la chance de pouvoir me détendre entre les répétitions. J'en ai profité pour me détendre et me promener dans les rues de la ville sur une moto Virgin Limo". 

   À l'approche du 50e anniversaire de l'album original et de sa réédition définitive, Oldfield est songeur. 

   "C'est bien sûr un moment très spécial pour moi. J'ai fait appel à l'expertise de ma maison de disques pour trouver les idées parfaites pour célébrer cette étape particulière et je suis très heureux du résultat."

   Bien qu'il y ait eu des projets pour un quatrième album de Tubular Bells - la démo d'introduction à Tubular Bells 4, enregistrée en 2018, figure également sur les dernières rééditions - Oldfield a depuis annoncé sa retraite et il semble maintenant peu probable que le projet fini soit un jour publié. Cependant, la marque qu'il a laissée sur la musique progressive est indéniable. 

   "J'ai un message", dit-il en guise de conclusion, "et un mot d'encouragement pour tous les jeunes musiciens talentueux d'aujourd'hui qui luttent peut-être pour se faire entendre : continuez à jouer votre musique en direct, qu'elle soit enregistrée ou sur scène, et donnez toujours une performance sincère. Ne compromettez jamais votre vision musicale unique et vous aurez les meilleures chances de succès."


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Tubular Bells et moi : Simon Heyworth (Le Producteur)


L'ingénieur et producteur Simon Heyworth a travaillé avec une foule de grands noms du prog au fil des ans, mais au début des années 70, il a apprit son métier sur le tas, aux côtés de Tom Newman, en créant le Manor Studio à partir de rien dans un bâtiment classé Grade II.

Quels sont vos souvenirs de la création du Manor Studio ?
Cela nous a pris environ un an et demi. J'ai tout appris sur les consoles d'enregistrement, les microphones et tout le reste. Au début, il y avait surtout Tom et moi. Pendant ces deux premières années, j'ai appris tout ce qui concernait le mixage et, bien sûr, [l'ingénieur en chef] Phil Newell a eu une influence considérable ; il avait de grandes connaissances. Au début, j'étais opérateur de bande, puis j'ai commencé à m'asseoir, à mixer, à enregistrer, etc.

Quand avez-vous rencontré Mike Oldfield pour la première fois ?
Un matin, nous nous amusions à enregistrer et Richard [Branson] nous a envoyé un groupe appelé The Arthur Lewis Band. Il y avait dans ce groupe un jeune guitariste appelé Mike Oldfield. Nous étions encore en train d'essayer d'organiser le studio. L'endroit était jonché de matériel. Nous avions une énorme console à transistor installée dans la maison et en bas, il y avait une sorte de petite pièce confortable, avec une très belle vue sur le jardin. Certains matins, elle était très lumineuse. Un matin, vers cinq heures, je suis descendu et j'ai trouvé Mike assis par terre dans cette belle pièce, le soleil se levait et il jouait les premiers riffs de Tubular Bells. Mike était en train de faire de l'over-dubbing sur notre magnétophone deux pistes à bande 1/4 pouce. Il avait découvert qu'en recouvrant l'un des composants et en inversant les fils, on pouvait enregistrer quatre pistes sur une seule direction. C'était magnifique. Aujourd'hui encore, je ne l'oublierai jamais, parce que c'est le début de tout. Je lui ai dit : "Il faut qu'on enregistre ça."

Comment s'est déroulé le processus d'enregistrement ?
Finalement, on nous a accordé une semaine officielle et nous avons commencé à enregistrer. On s'est demandé comment on allait faire. J'ai eu cette idée [et] nous avons installé un métronome dans une autre pièce afin d'obtenir un semblant de timing pour le premier morceau, qui dure 20 minutes. Nous nous sommes également demandé "Comment diable allons nous faire pour l'overdub? Cela va être difficile de savoir quels morceaux commencent où, et tout le reste." et nous avons fait venir un énorme Ampex 16 pistes d'Amérique. Mike n'aimait pas jouer au métronome, alors c'était assez difficile. Quoi qu'il en soit, à la fin de la première semaine, nous avions un semblant de début. À partir de ce moment-là, tout s'est fait au compte-gouttes, en enregistrant chaque fois que nous le pouvions et que Mike était disponible. Je me souviens que, vers la fin, j'ai enregistré ce morceau de guitare, qui a peut-être été le dernier morceau acoustique que nous avons enregistré. J'ai enregistré ce magnifique passage à la guitare tard dans la nuit. Et vous savez, c'était stupéfiant, je veux dire que Mike jouait si magnifiquement. J'en ai parfois les larmes aux yeux en y pensant. Il a un véritable don pour le travail acoustique. J'ai toujours dis que ce serait bien qu'il prenne juste une guitare acoustique et qu'il fasse un album avec. Absolument charmant. 

Avez-vous été surpris par le succès de l'album ?
Au moment où l'album est devenu un succès, il l'était déjà dans ma tête depuis de nombreuses années. Je veux dire que je me promenais avec cet album en tête. Alors quand nous avons finalement obtenu un disque d'or et que l'album s'est bien vendu, je n'ai pas été surpris, bizarrement. Je veux dire, vraiment pas. 

À l'origine, il n'était pas prévu que Richard Branson sorte lui-même le disque...
Non, pas du tout. Je me souviens que Tom [Newman] et moi sommes allés voir Richard pour lui dire : "Pourquoi ne le sors-tu pas toi-même ?" Et puis, bien sûr, une fois qu'il a décidé que cela allait se faire, Richard a fait ce qu'il a toujours fait, c'est-à-dire s'amuser avec. Il a réservé le Queen Elizabeth Hall pour un concert, mais nous savions que Mike ne voudrait certainement pas faire ça. On s'est donc dit : "On va faire quelques répétitions, on va réunir le groupe, puis on dira à Mike que c'est en train de se faire. Il pourrait alors être d'accord", car il n'aurait pas à organiser quoi que ce soit. J'ai eu l'idée d'aller aux studios Shepperton, parce que mon frère travaillait dans l'industrie cinématographique. Mon frère savait qu'ils avaient une scène grande acoustique qu'ils n'utilisaient pas - et ils avaient tout ce fabuleux matériel d'enregistrement ancien, ce qui était absolument fascinant pour moi. Nous avons obtenu cette scène pour quelque chose comme 300 livres par jour.

Pourquoi pensez-vous que Tubular Bells a résisté à l'épreuve du temps ?
C'est un beau morceau de musique, c'est aussi simple que cela. Il est vraiment intéressant, charmant et unique. À l'époque, les gens écoutaient religieusement des disques entiers : ils les mettaient sur la platine, s'asseyaient sur leurs coussins et les écoutaient, et la musique était quelque chose de très spécial. Il faut y repenser en ces termes, même si je pense qu'il s'agit tout simplement d'un très beau morceau de musique, magnifiquement interprété et, sans aucun doute, très émouvant.


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Tubular Bells et moi : Sally Oldfield (La Sœur)


En jouant aux côtés de sa sœur dans The Sallyangie, le monde entier a eu pour la première fois l'occasion d'entendre Mike Oldfield.  Plus tard, Sally a participé aux chœurs de Tubular Bells et se souvient avec émotion de cette période.

Quand avez-vous entendu pour la première fois la musique qui allait devenir Tubular Bells ?
J'ai entendu pour la première fois des morceaux de la démo aux alentours de l'été 1972, lors d'une visite dans notre maison familiale à Harold Wood, dans l'Essex. Alors que je me promenais dans le jardin, une cascade de musique sublime, semblable à des cloches, m'a soudain enveloppé, venant de nulle part. Elle semblait venir du ciel, mais je me suis rendu compte qu'elle descendait de la fenêtre de la chambre de mon frère. J'ai cru qu'il s'agissait d'un nouveau groupe génial qu'il avait découvert et je me suis précipitée pour lui en demander le nom ! Je suis restée bouche bée lorsqu'il m'a dit qu'il s'agissait d'une composition personnelle et qu'il avait joué de tous les instruments lui-même. Sa chambre était un labyrinthe de fils et de prises qui s'entortillaient, et il était clair qu'il était déterminé à créer son propre univers musical.

Quels sont vos souvenirs de l'enregistrement de l'album ?
Mike m'a appelée à l'improviste en me disant quelque chose comme : "Salut Sally, j'ai été invitée à dîner sur la péniche de ce type et il m'offre un peu de temps en studio pour enregistrer mon propre album. Peux-tu venir faire quelques chœurs ?" Mon copain et moi avons sauté dans notre vieille Spitfire rouge cabossée et nous nous sommes rendus au Manor Studio, près d'Oxford. Nous avons été accueillis par deux énormes chiens loups irlandais et un bon nombre de joyeuses personnes qui se promenaient dans le majestueux manoir élisabéthain et son jardin orné. Mike était déjà bien avancé dans l'enregistrement de la première face avec Tom Newman ; de nombreux membres du personnel du Manor étaient assis autour de la console sur d'énormes coussins bien confortables - tous écoutaient. Mike savait exactement ce qu'il voulait pour les voix de fond et, avec la petite amie de Tom, Mundy Ellis, j'ai répété la partie vocale jusqu'à ce qu'elle corresponde exactement à ce qu'il avait imaginé : un mélange spécial de "chœur angélique et de chœur féminin" qui donnait à la dernière partie de la première face une ambiance paisible et céleste.

Quel effet cela fait-il de revenir 50 ans en arrière ?
Écouter Tubular Bells m'évoque toujours un sentiment d'intemporalité. Pourtant, comme Mike l'a lui-même confié, l'album n'a pas été aussi soigneusement planifié qu'il n'y paraît. Un matin, au Manoir, il a aperçu par hasard un ensemble de cloches tubulaires rutilantes transportées vers une camionnette. En voyant cela, Mike, toujours prêt, s'est dit : "Elles pourraient être utiles !" Il a alors prononcé ces mots qui ont fait l'histoire : "Pourrais-je les garder ?" J'ai toujours pensé que mon frère connaîtrait le succès avec sa musique, mais je pensais que cela prendrait du temps. Ce fut une surprise pour toute la famille lorsque l'album a commencé à monter en flèche. Je n'avais pas prévu à quel point il était difficile et stressant pour Mike de s'adapter au genre de succès dont beaucoup de jeunes musiciens ne peuvent que rêver. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de vivre de sa musique et pouvoir enregistrer librement tout ce qui jaillissait de son âme.

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Tubular Bells et moi : Jon Field (Le 'Musicien additionnel')


Jon Field a joué aux côtés de Tom Newman dans le groupe culte de musique psychédélique July, et plus tard avec Jade Warrior. Il est l'un des trois seuls "musiciens additionnels" crédités (à l'exclusion des chanteurs) sur Tubular Bells, les autres étant Steve Broughton (batterie) et Lindsay Cooper (basse).

Comment en êtes-vous arrivé à participer à Tubular Bells ?
Un soir, Tom m'a téléphoné pour me demander si je voulais bien jouer de la flûte dans un projet auquel il participait. Il m'a expliqué qu'il s'agissait d'un projet instrumental. Je lui ai dit : "Je ne peux pas jouer les mélodies des autres" et j'ai suggéré qu'il serait mieux avec quelqu'un d'autre. Tom m'a assuré que c'était du gâteau et que le disque allait être énorme. Puis il m'a dit que si je faisais le concert, je pourrais emprunter sa Bentley - alors je l'ai fait !

Quels sont vos souvenirs de l'élaboration de l'album ?
Je me souviens d'un Mike très jeune, passionné par son travail. À un moment donné, alors que j'essayais de jouer un morceau comme il le voulait, il a pris la flûte et a essayé de jouer le morceau tel qu'il l'entendait dans sa tête. Le fait est qu'il n'arrivait pas à jouer de la flûte et qu'aucune note ne sortait, seulement de l'air. Je me souviens d'avoir été désolé pour lui, car je comprends la passion et la frustration qu'il y a à essayer de faire passer une idée musicale. Je me souviens de la façon dont ils ont dû travailler sur la première face de Tubular Bells, au tout début, avant qu'on ne leur donne des bandes 2" et du temps de studio officiel - Mike était toujours réveillé lorsqu'une session réservée se terminait, ainsi ils pouvaient sauter sur l'occasion à n'importe quel moment du jour ou de la nuit.

Saviez-vous à l'époque que vous travailliez sur un futur classique ?
J'aurais parié ma maison qu'il ferait un bide ! Je me suis souvent trompé, mais là, c'est la meilleure erreur que j'aie jamais commise. J'étais très heureux pour Mike. Que Dieu bénisse Mike pour l'avoir écrit. Que Dieu bénisse Tom [Newman] pour l'avoir réalisé !


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Tubular Bells et moi : Phil Newell (L'Ingénieur)


Le spécialiste de l'acoustique Phil Newell a joué un rôle important dans le développement du Manor Studio. Il a enseigné à Simon Heyworth et Tom Newman l'art de l'ingénierie audio, les aidant à développer les outils et les techniques nécessaires pour donner vie à la vision de Mike Oldfield.

Comment êtes-vous entré en contact avec Richard Branson et le Manor Studio ?
Je construisais un studio appelé Majestic à Clapham [sud de Londres]. Lorsque les choses ont commencé à mal tourner, on m'a proposé un emploi chez Pye Records. Majestic devait soudain trouver de l'argent et, avant de partir, on m'a demandé d'essayer de vendre tout le matériel qui n'était pas indispensable. J'ai passé une annonce et Tom Newman y a répondu. Il essayait de monter un studio pour Virgin.
Il a acheté pas mal de matériel et m'a laissé son numéro de téléphone. Il m'invitait à venir au Manoir les week-ends pendant la construction du studio. Beaucoup de choses semblaient ne pas fonctionner. Lorsque je lui en ai parlé, il m'a dit : "Pourquoi ne pas nous rejoindre en tant qu'ingénieur en chef ?"

Comment Mike Oldfield a-t-il attiré votre attention pour la première fois ?
Tom parlait de ces bandes démo que Mike lui avait données à écouter, et il voulait que quelqu'un les enregistre correctement et les sorte. Tom a finalement été autorisé à passer du temps en studio pour enregistrer Mike. C'est là que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. 

Quels sont vos souvenirs des sessions d'enregistrement ?
J'avais acquis pas mal de connaissances techniques à l'époque où je travaillais à Pye. Même si Tom et Simon travaillaient sur l'enregistrement, et que j'étais l'ingénieur du son en chef, je ne travaillais pas sur ces sessions, mais j'aidais à résoudre de nombreux problèmes techniques. Ils voulaient que la bande tourne à différentes vitesses et faire toutes sortes de choses bizarres avec l'équipement. Je suppose que j'ai reçu une éducation plus conservatrice en termes d'enregistrement et ils voulaient faire des choses avec les machines que l'on n'est peut-être pas censé faire. J'étais donc un peu à contre-courant.
Je me demandais ce qu'ils pouvaient bien faire, essayer d'obtenir des sons différents, faire tourner les machines à des vitesses différentes, toutes sortes de choses, et plus généralement bricoler l'équipement pour essayer d'obtenir des sons différents. Je me suis impliqué pendant que j'étais dans le studio. Je posais beaucoup de questions.

Qu'avez-vous pensé de la musique sur laquelle ils travaillaient ?
Je dois admettre que je n'ai pas été impressionné à l'époque, jusqu'à ce qu'ils aient pratiquement terminé. Je me souviens alors que Tom l'a jouée en entier. Je lui ai dit : "Soit il va se vendre à 5 000 exemplaires, soit à un demi-million, mais rien entre les deux". Je me suis rendu compte qu'il s'agissait manifestement d'un produit destiné à un marché de niche, mais j'ai également pu constater à quel point il était fantastique, d'une manière que je n'avais jamais perçue sur les bandes démo. Tom y a vu quelque chose. Je pense que Simon Heyworth aussi. Mais j'ai réalisé un peu tard le potentiel de ce qu'ils faisaient. 

Quelle a été votre réaction lorsque l'album a commencé à décoller ?
Au début, il y a eu beaucoup de critiques parce qu'on ne pouvait pas le classer dans une catégorie particulière. The Dark Side Of The Moon était sorti quelques mois auparavant, si bien que certains l'assimilaient à Pink Floyd. Mais il ne correspondait pas vraiment à cela non plus parce qu'il n'y avait pas de chant dessus.

Ah, oui - le fameux chant...
C'est toute une histoire en soi. À part la chanson Caveman [de la deuxième partie de l'album], qui a été ajoutée plus ou moins comme une réponse sarcastique aux demandes de chant. À l'origine, Virgin Records n'était pas censé être un label, mais une société de production de disques. Selon Richard [Branson], il avait fait le tour de huit maisons de disques différentes pour essayer d'obtenir une licence et la seule qui était vaguement intéressée par la sortie de l'album était Mercury.
Le responsable A&R de Mercury a dit qu'il ne le sortirait que s'il y avait des voix dessus. Donc Caveman, je pense, à bien des égards, était une sorte de doigt d'honneur à l'industrie du disque, mais cela a remarquablement bien fonctionné. Quoi qu'il en soit, Mercury n'a pas accepté. Richard et Simon [Draper, directeur de Virgin] ont donc dû prendre une décision : "D'accord, si nous voulons sortir ce disque, nous devons avoir une maison de disques." 

Richard croyait donc lui-même au potentiel de Tubular Bells ?
Il ne le savait pas vraiment, mais il écoutait les gens et il a toujours eu le flair pour trouver quelque chose qui va marcher.
Et puis, bien sûr, c'est Richard lui-même qui a réussi à conclure un accord avec [le réalisateur] William Friedkin pour l'utiliser comme thème musical sur L'Exorciste. C'est vraiment lorsque ce film est sorti que Tubular Bells a décollé. Lorsque cela s'est produit, nous avons été complètement dépassés. C'était au-delà de nos rêves les plus fous, mais c'était réel.

Quel est, selon vous, le secret de la longévité de l'album ?
Parce que c'est quelque chose d'unique et de très spécial. Mike en a enregistré une nouvelle version il y a une trentaine d'années, après la fin de son contrat avec Virgin. Du point de vue d'un compositeur, je peux imaginer sa frustration d'avoir composé un morceau de musique comme celui-ci, mais la seule version enregistrée était pleine d'inexactitudes techniques et de limitations dues au matériel d'enregistrement disponible à l'époque. Je comprends donc parfaitement qu'il ait voulu l'entendre telle qu'elle aurait dû être, si la technologie avait été disponible, mais cela n'a jamais remplacé l'original. Il y a quelque chose dans la sensation de l'original, dans l'émotion qui s'en dégage.
Il y a quelque chose de la situation personnelle de Mike à l'époque qui se retrouve dans la musique. Vous connaissez le dicton selon lequel les meilleurs boxeurs sont ceux qui ont faim ? Il y avait là quelque chose qui attirait les gens. Peut-être que les imperfections de l'enregistrement reflétaient les insécurités du compositeur. Mais il existe un lien émotionnel avec l'original qu'il est impossible de reproduire, car dans sa tête, Mike ne peut pas se trouver dans l'atmosphère où il se trouvait au moment de l'enregistrement.


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Tubular Bells et moi : Tom Newman (Le Producteur)


Tom Newman a joué un rôle important dans la concrétisation de la vision d'Oldfield. Ayant débuté dans le groupe culte July, il est rapidement passé au rôle de producteur, tout en continuant à enregistrer et à sortir des morceaux en solo. Il a contribué à la mise en place du Manor Studio, dans lequel Tubular Bells a été enregistré. Newman a également participé sur plusieurs des projets de Mike par la suite.

"J'ai rencontré un jeune Richard Branson, alors que j'essayais encore de devenir une pop star", explique Newman, "et il m'a persuadé de construire un studio d'enregistrement à Kidlington [dans l'Oxfordshire] et de créer une maison de disques. Je pensais que tout cela m'aiderait à devenir une pop star, mais j'ai rencontré Mike Oldfield... Je me suis retrouvé à travailler sur sa musique et j'ai oublié ce que je faisais !" 

Newman a été l'un des premiers à entendre les démos d'Oldfield et a contribué à attirer l'attention de Branson sur le talent du jeune guitariste. 

"La magie que j'ai perçue dans les démos était en partie due à l'empathie que j'éprouvais pour Michael", explique Newman. "Il y avait beaucoup de bruit de fond et la bande était minuscule par rapport à l'équipement professionnel sur lequel nous avons enregistré, mais c'était, pour moi, une expérience émotionnelle parfaitement équilibrée". 

Aux côtés de Simon Heyworth, Newman a travaillé en étroite collaboration avec Oldfield tout au long des sessions de Tubular Bells. "L'atmosphère de travail était hasardeuse et expérimentale", se souvient Newman. "Mes connaissances en tant qu'ingénieur/producteur n'avaient qu'un an. Notre "professeur" était [l'ingénieur en chef] Phil Newell". 

Tubular Bells a innové en studio. "Les défis se sont multipliés au fur et à mesure que les choses avançaient", reconnaît Newman, "et Michael a commencé à découvrir les possibilités qui s'offraient à lui. Il a laissé libre cours à sa créativité et s'est battu contre les limites de la technologie, tandis que l'ingéniosité de Phil a été testée jusqu'aux limites de l'enregistrement sur 16 pistes avec des vitesses variables". 

Ces méthodes ad hoc et novatrices ont permis à chacun de rester sur le qui-vive. "On ne s'ennuyait jamais", reconnaît Newman. "Personne ne pouvait prédire ce que chaque jour pouvait exiger de nous, et nous allions chaque jour dîner complètement vidés. Je devais fabriquer deux "plaques d'écho" de 1,80 m sur 1,80 m, et mes compétences en matière de montage ont dû s'étendre à des montages linéaires et verticaux de 2" pour relier des sections enregistrées séparément." 

L'opinion de Newman quant au résultat final est catégorique. "C'est désormais un pilier de la musique moderne", dit-il, "au même titre que Pink Floyd, mais il a également jeté des ponts vers le classique, la musique chorale et la pop, voire le métal, et il a en outre donné naissance à un genre magnifique qui lui est propre, créant ainsi des possibilités d'étendre l'héritage de Mike pendant encore longtemps."


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Tubular Bells et moi : Robert Reed (Le Fan Musicien)


   Le multi-instrumentiste Robert Reed est une pilier très respecté sur la scène prog depuis un certain temps, en tant qu'artiste solo, membre fondateur de Magenta et pour son travail avec d'autres groupes et projets. Ses albums Sanctuary, sur lesquels il joue lui-même de tous les instruments, ont été directement inspirés par le travail de Mike Oldfield, et ont été créés avec l'aide du producteur de Tubular Bells, Tom Newman. 

   Comme l'explique Reed, Tubular Bells a longtemps été une influence majeure dans sa vie et son travail. "J'ai pris des leçons de piano très jeune", explique-t-il à Prog. "J'ai été très inspiré par Rick Wakeman. Puis un instituteur a accroché un poster de Tubular Bells au mur de la salle de musique, et j'ai été intrigué. J'ai donc supplié mes parents, à l'âge de sept ou huit ans, de m'acheter cet album pour Noël. À partir de ce moment-là, j'ai été obsédé. Je voulais apprendre à jouer de tous les instruments". 

   Reed était déjà bien avancé dans sa carrière lorsque le premier album Sanctuary a vu le jour. "Pendant 20 ans, les gens me demandaient dans toutes les interviews : "Quel est votre album préféré ?" Je répondais que j'avais été inspiré par Mike Oldfield, alors la question suivante était : "Pourquoi ne faites-vous pas un album comme ça, avec vous jouant de tous les instruments, parce que vous êtes né pour faire ce genre de choses ?". Finalement, il a relevé le défi. "Je me suis dit que je n'utiliserais pas de samples ou quoi que ce soit d'autre, dit-il, que je jouerais tout en vrai, comme Mike. C'est un travail difficile, ça m'a donné du fil à retordre, mais j'ai adoré ça".

   Une fois terminé, cependant, Reed n'était pas sûr du résultat. "J'étais passé par toutes les étapes. Je m'étais assis et j'avais utilisé tous ces instruments, je l'avais fait correctement et j'y avais mis tout mon cœur et toute mon âme. Mais je ne savais pas si ça fonctionnait bien. Je me suis dit : "Je ne peux pas vraiment approcher Mike, mais la meilleure solution serait Tom Newman". Newman accepte d'écouter les bandes. "Environ trois jours plus tard, se souvient Reed, il m'a téléphoné et m'a dit : "Mon Dieu, c'est incroyable - je n'avais rien entendu de tel depuis 30 ans".

   Le premier album de la série est sorti en 2014 et le travail sur Sanctuary a donné à Reed une toute nouvelle appréciation de Tubular Bells et de Mike Oldfield. "Le plus fou, c'est qu'il [Mike] a fait cet album à 19 ans. Combien de musiciens, à 19 ans, ont non seulement appris à jouer de tous ces instruments, mais ont aussi la profondeur et l'émotion nécessaires pour créer cette musique ? Et le truc avec Mike Oldfield, c'est que sa guitare est comme une voix. Elle vous attire. C'est ce qui m'épate et épate ses fans".

   Pour Reed, ce n'est pas le seul aspect de Tubular Bells qui le rend unique. "Ce n'est ni du classique, ni du rock, mais il y a tout cela, et du jazz aussi. Je pense que les cinq premières minutes de l'album, ce motif au piano, sont comparables à la Cinquième de Beethoven. C'est presque plus grand que l'album. C'est plus important que Mike. Tout le monde le connaît. Je ne célèbre pas les 50 ans de Tubular Bells, je célèbre les 50 ans de Mike Oldfield en tant que compositeur".

   Reed ajoute : "Il y a des albums dont on peut dire qu'ils ont eu une influence parce que tout le monde les a copiés. Mais Tubular Bells a eu une influence énorme, mais ce n'est pas parce que les gens ont essayé de le copier, c'est plutôt parce qu'ils ont été inspirés par lui. C'est incroyable le nombre de personnes à qui je parle qui aiment Mike Oldfield".


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Tubular Bells et moi : Richard Branson (Le Patron)


Fondé en 1972 par Richard Branson, Simon Draper, Nik Powell et le musicien Tom Newman, Virgin Records est aujourd'hui associé à un grand nombre d'artistes à succès. Il a notamment signé Genesis, Tangerine Dream et Faust, mais Tubular Bells a été le tout premier album du label.

Quels sont vos souvenirs de l'époque de la création du Manor Studio ?
J'ai de très bons souvenirs des premiers jours du Manoir. Les gens aimaient tellement nos magasins de disques que j'ai pensé qu'il serait formidable d'avoir un espace similaire pour que les artistes puissent venir écrire, s'entraîner et enregistrer.
Nous avons transformé une magnifique maison de campagne en un incroyable studio d'enregistrement. Le processus de construction a été un véritable tourbillon - aucun d'entre nous n'avait fait ça auparavant, nous apprenions donc au fur et à mesure.
Tubular Bells a vraiment mis Virgin Records sur la carte en tant que label indépendant. Finalement, tout le monde, des Rolling Stones à Paul McCartney en passant par Queen et Cat Stevens, a voulu enregistrer au Manoir. C'est également au Manoir que j'ai rencontré ma merveilleuse épouse, Joan.

Lorsque Tom Newman a attiré votre attention sur les maquettes de Mike Oldfield, qu'avez-vous pensé de la musique ?
Je l'ai trouvée incroyable et d'une beauté envoûtante - je savais que le monde devait entendre ça. Je savais aussi que c'était un risque, car elle était très différente de la musique populaire de l'époque. Je n'étais pas un grand spécialiste de la musique - mon cousin Simon Draper allait jouer ce rôle pour Virgin Records - mais je suis tombé amoureux de ce que j'ai entendu et j'ai vraiment cru en Mike.

Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec Mike Oldfield ?
Je me souviens qu'il est venu sur notre péniche. Nous n'avions pas de maison de disques à l'époque, mais j'ai accepté d'apporter sa cassette à d'autres maisons de disques pour voir si elles voulaient l'engager. Elles l'ont toutes refusé et Simon et moi avons donc décidé de créer notre propre label pour nous assurer que les gens puissent entendre sa belle musique. Le reste appartient à l'histoire, comme on dit ! Mike était très timide et introverti lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, mais je savais qu'il était un génie de la musique.
À 19 ans à peine, il maîtrisait de nombreux instruments et son expression musicale transparaissait dans chacun d'entre eux. C'était un véritable artiste, mais aussi une personne très gentille et décente.

Avez-vous été surpris par le succès de l'album ?
D'une certaine manière, oui. C'était un album très différent, purement instrumental, qui n'était donc pas très commercialisable - c'est du moins ce qu'ont pensé tous les labels qui l'ont refusé. Nous avions reçu tellement de lettres de refus, mais nous y croyions. Nous avons eu un peu de chance : le légendaire présentateur radio John Peel a joué l'intégralité de l'album lors de son émission, et il a également figuré sur la bande originale de L'Exorciste, ce qui a joué un rôle déterminant dans son succès aux États-Unis.

Qu'est-ce qui rend Tubular Bells si spécial ?
Il n'y a tout simplement rien de comparable. Avec pas moins de 27 instruments superposés, c'est extraordinairement complexe. Il est impossible de ne pas être ému par Tubular Bells. C'est le disque qui a lancé le monde Virgin.


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Tubular Bells et moi : Torsten Stenzel (Le Remixer sur Tubular Beats)


   Le musicien et producteur York, alias Torsten Stenzel, s'est associé à Mike Oldfield pour Tubular Beats en 2013, un projet qui visait à revisiter la musique de Mike. "Lorsque j'étais enfant, ma sœur écoutait toujours Mike Oldfield", explique Torsten Stenzel. "J'étais particulièrement intéressé par Tubular Bells qui était pour moi un morceau de musique génial, alors vous pouvez imaginer ce que j'ai ressenti lorsque je l'ai rencontré."

   Cette rencontre a eu lieu grâce à un ami commun : "Nous nous sommes rencontrés aux Bahamas, dans le studio de Mike", raconte-t-il. "Nous y avons écrit la chanson Never Too Far [qui est devenue un duo avec la soprano finlandaise Tarja Turunen]. Il m'a parlé de son idée de faire des remixes dance de ses plus grands succès [et] j'étais bien sûr partant !" 

   Le duo a travaillé à partir de bandes multipistes originales sur des morceaux choisis dans la discographie de Mike, notamment Tubular Bells. "C'est un type très cool", déclare Stenzel. "Je me souviens de la camionnette bleue dans laquelle il est venu me chercher, comme celle d'un bricoleur ou d'un jardinier. Ce n'était pas un véhicule de luxe. Puis, dans le studio, il a attrapé la guitare et s'est mis à gratter une improvisation incroyable. C'était une expérience irréelle."



Prog, Issue 140, mai 2023 - traduit par Orabidooblog.


Forum

jeudi 2 mars 2023

RETROSPECTIVE : Le Telegraph raconte la ‟folle” histoire de Tubular Bells (par James Hall) - traduction VF

C'est au tour du journal britannique The Telegraph de nous proposer son récit autour de Tubular Bells à l'occasion des 50 ans de l'album culte, et des multiples évènements scéniques actuellement en tournée outre-Manche. 

Cette fois, la parole est notamment donnée à l'arrangeur Robin A. Smith, qui a reçu la bénédiction de Mike Oldfield pour réorchestrer et mettre en scène son album de 1973. Robin Smith a souvent collaboré avec le Maestro puisqu'il était déjà aux mannettes en 1992, lors du concert de lancement de Tubular Bells II au pied du château d'Edimbourg, puis sur la scène de l'ouverture des JO à Londres en 2012. Il profite donc aujourd'hui des 50 ans du chef d'œuvre pour proposer sa propre interprétation en live avec une tournée exclusivement britannique qui prendra fin le 31 mars. Pas de concerts prévus à l'international donc, mais nous avons quand même droit à nos lots de consolation puisqu'une captation du spectacle a été éditée l'année dernière en DVD et Blu-ray (lien), et un réenregistrement est également sorti en CD (lien bandcamp).

La captation du live Tubular Bells par Robin Smith (à ne pas confondre avec celui du Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Simon Dobson !!!)

La version de Tubular Bells réenregistrée par Robin Smith (CD)

L'article rédigé par James Hall revient donc principalement sur le succès de Tubular Bells et sur les lignes qu'il a brisée à l'époque. Tant du point de vue technique que musical. Les différents protagonistes que le journaliste cite le décrivent ainsi comme un ovni qui représentait une véritable prouesse pour tous ceux qui s'y sont frotté, jusqu'au réalisateur de sa première captation live sur la BBC en 1973, Tony Staveacre. Son témoignage précieux permet de revoir ce concert avec un œil tout simplement nouveau !

Cette rétrospective est ainsi l'occasion de rappeler que d'autres artistes se sont appropriés la musique de Tubular Bells, à commencer par le guitariste Steve Hillage, qui, dès 1974, avait été missionné pour faire rugir ses cordes électriques lors des performances du Royal Philharmonic Orchestra conduit par David Bedford (qui avait à l'époque réarrangé Tubular Bells et Hergest Ridge pour le classique). On raconte que Mike s'était moqué de la prestation du guitariste, mais jugé par vous même (vidéo plus bas)... Hillage avait quand même un sacré gratté sur le passage Ambient de la seconde partie, non ?? Un pur plaisir à réécouter et à revoir !

Je vous laisse découvrir cet article traduit pour vous en français, mais la version originale est bien sûr toujours disponible (ici et là).

Bonne lecture !

Too long, too complex, too weird: the twisted history of Tubular Bells


[Trop long, trop complexe, trop bizarre : la folle histoire de Tubular Bells]
par JAMES HALL (publié le 28 février 2023 - The Telegraph)

Il y a cinquante ans, ce succès improbable a lancé le label de musique de Richard Branson, a servi de bande-son au film L'Exorciste, et a fait de son jeune compositeur une star.

Le tube 'tordu' de la pochette vinyle de l'album Tubular Bells de Mike Oldfield (Records / Alamy Stock Photo - © Records / Alamy Stock Photo)

« C'est comme les alunissages. Tout le monde sait où il se trouvait lorsqu'il a entendu Tubular Bells pour la première fois », déclare Robin Smith, un musicien qui, le 3 février, s'est lancé dans une tournée britannique de 32 dates pour interpréter l'album ambient-prog-folk de 1973 de Mike Oldfield devant des dizaines de milliers de fans.

Sorti il y a 50 ans ce printemps, Tubular Bells a été un succès surprise qui a transformé son compositeur, alors adolescent, en une rock star aussi richissime que réservée. L'album - qui ne comprend que deux morceaux, sans voix, d'environ 25 minutes chacun - s'est vendu à 17 millions d'exemplaires, a lancé le label Virgin Records de Richard Branson, a servi de bande-son au film d'horreur le plus effrayant de tous les temps, et a même vu sa pochette en forme de tube tordu reproduite sur les timbres postaux du Royal Mail. Il a également marqué les débuts de la fusion de la musique classique et du rock, donnant lieu à l'un des spectacles musicaux les plus difficiles sur le plan logistique - mais finalement emblématiques - de l'histoire de la chaine BBC.

Smith dirige un ensemble de huit musiciens qui interprètent l'album en live (avec la bénédiction de son ami Oldfield, qui vit désormais aux Bahamas). Le fait que l'album remplisse encore les salles de concert d'Exeter à Édimbourg, souvent avec deux générations d'une même famille, témoigne de son attrait durable.

Même si vous pensez ne jamais avoir entendu l'album, vous l'avez forcément entendu. Ce motif au piano qui fait froid dans le dos, avec un tempo étrange, dans L'Exorciste, avant que Linda Blair ne fasse de la gymnastique avec sa tête et vous prive de votre capacité à dormir ? C'est Tubular Bells. C'est inoubliable. Mais l'album ne se résume pas à ce seul refrain. Certainement pas. Il regroupe tout, de la musique de chambre au folk en passant par le rock à la Metallica et les ambiances de Western Spaghetti. Et ce n'est que la première face du disque.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le succès de Tubular Bells ait été inattendu lors de sa sortie en 1973. Musicalement, il se situait quelque part à gauche du champ gauche*. Les albums les plus populaires au Royaume-Uni en 1972 (et qui n'étaient pas des compilations de hits) étaient soit des albums parfaitement taillés pour la radio, d'artistes comme Donny Osmond, Lindisfarne ou le gagnant écossais du télé-crochet Opportunity Knocks, Neil Reid ; soit des albums rock et glam de groupes comme Deep Purple et T. Rex. En 1973, Elton John, Slade et David Bowie dominaient les hit-parades. Mais si Tubular Bells devait partager un ADN musical avec quelqu'un, c'est bien le groupe progressif Yes, dont l'opus de deux heures Tales from Topographic Oceans est également sorti en 1973.


La sortie de l'album s'est faite presque par hasard, à une époque où Branson, entrepreneur en difficulté, tentait de percer dans le monde de la musique. Après avoir commencé sa carrière à 15 ans avec son magazine national Student en 1968, Branson s'est lancé dans la vente de disques par correspondance pour financer ses activités d'édition. Mais il s'est retrouvé en difficulté avec les autorités à cause de la façon dont avait été comptabilisée les taxes de l'époque. Il fut alors condamné à une énorme amende qu'il devait payer en multipliant ses activités liées à la musique. Il a notamment ouvert d'autres magasins, créé le studio d'enregistrement The Manor dans une maison de campagne délabrée de l'Oxfordshire, et lancé un label de disques si son équipe parvenait à trouver des artistes. Il n'y avait aucune garantie que ce dernier point se réalise.

Simon Draper, alors président de Virgin, a déclaré dans un documentaire récent que la plupart des musiciens ne voulaient pas signer avec un jeune label donné perdant. « Les artistes voulaient le pouvoir, l'argent et l'influence d'une grande maison de disques internationale, et j'étais donc très limité dans ce que je pouvais faire », a déclaré Draper. En outre, il affirme qu'il n'était pas motivé par la signature de futurs hits. « Ma motivation était de faire des disques qui étaient importants, révolutionnaires, avant-gardistes, et pas nécessairement des succès commerciaux ». Par défaut et donc à dessein, le terrain de chasse de Virgin était limité.

Quelle chance, alors, que l'un des premiers groupes à enregistrer au Manoir soit un groupe de soul appelé The Arthur Louis Band. Le guitariste remplaçant du groupe était un jeune homme timide de 19 ans appelé Mike Oldfield. Et Oldfield avait une activité secondaire. C'est le producteur résidentiel de The Manor, Tom Newman, qui a entendu pour la première fois une démo de Tubular Bells sur une « toute petite bobine » qu'Oldfield lui avait remise, une démo qu'il avait commencée à l'âge de 17 ans. Oldfield avait déjà été rejeté par plusieurs labels, qui, comme il l'a dit plus tard, le prenaient pour un « cinglé ». Mais Newman pensait que la démo était « sensationnelle ». Il envoya la démo à Draper qui convainc Branson d'utiliser Tubular Bells pour lancer le label Virgin. Oldfield travailla sur l'album pendant les temps morts du Manoir, jouant lui-même la plupart des instruments, de l'orgue Farfisa à la flûte traversière.

Mike Oldfield en 1970 1982 (Getty - © Provided by The Telegraph)

« L'avantage d'avoir un studio, c'est que nous avions parfois des périodes creuses, par exemple lorsque le groupe dormait », a déclaré Branson lors d'un récent documentaire de HBO sur sa vie. « Mike Oldfield est venu et a séjourné au Manoir, et pendant ces périodes creuses, les ingénieurs l'ont laissé entrer dans le studio et Tubular Bells a été enregistré. Simon [Draper, le président de Virgin à l'époque] a entendu la bande, me l'a apportée, nous l'avons tous les deux adorée, et avons donc décidé de la sortir. »

Selon certains témoignages, Virgin a d'abord essayé de vendre l'album à des maisons de disques plus importantes (Virgin agissant en tant que gestionnaire ou agent d'Oldfield). Un directeur de maison de disques américaine a proposé 20 000 dollars si des voix étaient ajoutées. L'offre fut rejetée. Une fois l'album sorti, Virgin « a dû jouer toutes ses cartes pour promouvoir cette musique », a déclaré Branson. « Nous avons réussi à l'intégrer dans le film L'Exorciste, ce qui a beaucoup aidé en Amérique. Tubular Bells est resté dans les charts pendant deux ou trois ans. »

La première face de l'album démontre à quel point cette musique est étrange. « Elle commence par un morceau répétitif de neuf minutes nous faisant croire à du classique, avec toutes ces lignes de rock sous-jacentes, puis il passe par une grande mélodie folk épique, puis à un autre morceau qui est presque une rencontre entre le rock de Metallica et Game of Thrones », explique Smith, son nouveau champion. « Il y a ensuite un peu de musique de saloon, suivie d'une sorte de truc à la Ennio Morricone-Clint Eastwood, puis vous avez cet incroyable maître de cérémonie [Vivian Stanshall, du groupe Bonzo Dog Doo-Dah] qui annonce les instruments, un peu à la manière d'un Benjamin Britten qui présenterait l'orchestre, mais sur l'un des riffs de guitare et de basse les plus durs qu'il soit possible de jouer. Je veux dire, la rigidité cadavérique s'installe presque après avoir joué ce riff. » La deuxième face va dans une direction complètement différente : « C'était de la musique chill avant que le chill n'existe », dit-il.


L'album démarre lentement mais entre dans les charts britanniques en juillet 1973 pour se loger dans le top 10 (bien qu'il faille attendre 15 mois avant qu'il n'atteigne la première place). Consciente de ce succès, la BBC prit l'initiative, en novembre 1973, de filmer Oldfield et son groupe en train de jouer l'intégralité de la première face de Tubular Bells pour une émission artistique dirigée par Melvyn Bragg, intitulée 2nd House.

La musique pop n'était pas nouvelle sur la BBC. L'année précédente, Bowie avait enthousiasmé les adolescents de la nation avec son interprétation de Starman dans Top of the Pops. Mais cette chanson durait trois minutes et demie, et n'atteignait pas demi-heure. De plus y avait un chanteur sur lequel les caméras pouvaient se concentrer. Tony Staveacre, qui réalisait 2nd House, m'a dit que le tournage de Tubular Bells était « absolument terrifiant », bien qu'il mette cela sur le compte du trac. L'équipe de 2nd House était plus habituée à filmer des extraits de ballets que des opus musicaux aussi incroyables.

« Nous avons eu une seule répétition et je pense que c'était tout. Pour une pièce aussi complexe et comportant tant de changements subtils - il y a une quarantaine de mouvements musicaux différents qui s'enchainent sans relâche - nous devions trouver un élément visuel pour accompagner la musique », se souvient Staveacre, aujourd'hui âgé de 80 ans. Afin de créer une « expérience visuelle », il a installé le groupe de 14 musiciens en rond, assis et tournés vers l'intérieur, une mise en scène qu'il a empruntée à un enregistrement CBS de 1957 d'un concert de Billie Holiday. Les spectateurs pouvaient ainsi  observer les contacts visuels entre les interprètes pendant qu'ils tissaient la toile complexe de Tubular Bells. Il affichait également des visuels sur l'immense logo 2nd House derrière le groupe au fur et à mesure de la performance. Pour ce faire, il avait utilisé une technique de pointe de la BBC appelée « Colour Separation Overlay » (un trucage du type écran vert mais avec de la lumière bleue). Cela permis de faire accompagner la musique de manèges de foire et de vagues. Le tout fut filmé en une seule prise.

Mike Oldfield en 1974 (Alamy - © Provided by The Telegraph)

La diffusion de l'émission est étonnante à regarder aujourd'hui. Cela est dû en partie au groupe d'Oldfield. Il comprenait Mick Taylor, alors membre des Rolling Stones, Steve Hillage de Gong (un autre groupe Virgin) et le compositeur (aujourd'hui Sir) Karl Jenkins, qui faisait alors partie de Soft Machine. « C'était extraordinaire. Ils étaient totalement professionnels. Personne ne jouait la rock star. Tout le monde était à l'heure », dit Staveacre.

Ce spectacle marquait aussi l'une des premières fois à la télévision où les mondes du classique et du rock se percutaient. Le groupe était constitué comme un orchestre de chambre où ses membres jouent à partir de partitions imprimées. Pourtant, les cheveux longs et les solos ravageurs des musiciens évoquaient d'autres contrés. Oldfield portait une veste brune sous sa crinière et jouait avec une insouciance qui évoquait davantage une jam-session dans une chambre d'étudiant qu'une émission en prime-time sur la British Broadcasting Corporation. Cette configuration en forme de rock de chambre est courante aujourd'hui - le spectacle rappelle fortement les concerts de Radiohead après 2000, dans lesquels les membres du groupe se nourrissent les uns des autres pour créer des paysages sonores complexes - mais à l'époque, c'était révolutionnaire. « Cela m'effraie aujourd'hui de penser à l'audace dont nous faisions preuve à l'époque », déclare Staveacre.

Si vous doutez de l'aspect novateur de tout cela, ne cherchez pas plus loin que cet extrait exceptionnel montrant [Steve] Hillage en tenue psychédélique jouant à la guitare un solo de cinq minutes lors d'un concert d'Oldfield au Royal Albert Hall, cette fois accompagné d'un orchestre complet. Derrière Hillage est assis un contrebassiste du Royal Philharmonic Orchestra en cravate blanche et queue de pie. Son visage, alors que le Gong man emmène la musique dans des territoires de plus en plus éloignés, est une véritable image de stupéfaction. Deux mondes se heurtent vraiment.


Le film 2nd House a été visionné 5,6 millions de fois depuis son apparition sur YouTube il y a cinq ans. Staveacre dit que, bien qu'il n'ait jamais entendu Oldfield parler au sujet du spectacle, une personne liée à Tubular Bells en a été très heureuse. « Richard Branson était très content. Je crois me souvenir qu'une caisse de champagne a été livrée chez moi », dit-il.

Oldfield a toujours été un homme timide qu'il fallait à l'époque pousser pour qu'il se produise sur scène. Il détestait l'attention que lui apportait Tubular Bells et, souffrant d'une anxiété extrême, il s'est réfugié dans la campagne galloise peu après. Mais il est resté prolifique : il a depuis sorti 25 autres albums studio et divers albums live, collaborations et compilations. Il a également eu de nombreux singles à succès (dont Moonlight Shadow en 1983), a enregistré une version du thème de Blue Peter et a joué lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012. Lors d'une période difficile avec Virgin en 1990, Oldfield a envoyé un message à Branson en morse sur l'un de ses morceaux : « F-CK OFF RB. »

Robin Smith, qui a vu Oldfield pour la dernière fois lorsqu'ils ont travaillé ensemble sur le spectacle des Jeux olympiques, le décrit comme une « belle et merveilleuse personne qui n'aime pas les feux de la rampe ». Je pourrais dire que le côté dissident et un brin anarchique d'Oldfield font de lui une version prog rock des Sex Pistols, un autre poulain de Virgin. Est-ce la raison pour laquelle il ne participe pas à la tournée du 50e anniversaire ? Mike a toujours cette attitude [punk] : « Prenez-moi comme je suis, je vous donnerai de la musique, mais n'essayez pas de me forcer à faire quoi que ce soit, parce que je ne le ferai pas », dit Smith.

De plus, comme Branson, Oldfield a une île au soleil sur laquelle il peut se détendre grâce en partie à Tubular Bells. Et oubliez les alunissages ou les Sex Pistols. M. Oldfield a comparé son album à un autre phénomène culturel, sorti de nulle part et impliquant, à juste titre, un enfant prodige créant de la magie. « C'est toujours l'outsider, le mouton noir, qui devient le blockbuster », a-t-il déclaré en 2014 à propos de son succès.  »

Mike Oldfield’s Tubular Bells – the 50th Anniversary Celebration est en tournée jusqu'au 31 mars. Tickets sur : mikeoldfieldofficial.com


Traduit en français par orabidooblog.


* « champ gauche » en référence au terme pour désigné l'un des coins les plus extrêmes d'un terrain de baseball.

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